Guyane : vers le retour historique des dĂ©pouilles kaliâna aprĂšs 133 ans dâattente-Actu 1
*AprĂšs une petite pause d'un mois, on repart comme chaque dimanche sur les actualitĂ©s quâil fallait retenir de la semaine. Quelques reportages et interviews rĂ©alisĂ©s en Guadeloupe sortiront au fur et Ă mesure ces prochaines semaines. Restez connectĂ©s !
Câest une annonce Ă la portĂ©e hautement symbolique pour la Guyane et pour le peuple Kaliâna. Le gouvernement français a annoncĂ© quâil soutiendrait une proposition de loi visant Ă permettre la restitution des dĂ©pouilles dâAmĂ©rindiens kaliânas conservĂ©es depuis la fin du XIXe siĂšcle dans les collections publiques françaises, notamment au MusĂ©e de lâHomme.
Pendant plus dâun siĂšcle, ces restes humains sont restĂ©s en mĂ©tropole aprĂšs avoir Ă©tĂ© liĂ©s Ă lâun des chapitres les plus sombres de lâhistoire coloniale : les « zoos humains », oĂč des hommes, des femmes et des enfants autochtones furent exhibĂ©s Ă Paris devant le public.
Une annonce qualifiĂ©e dâhistorique
Ă lâAssemblĂ©e nationale, la ministre de la Culture Catherine PĂ©gard a confirmĂ© que le texte portĂ© au SĂ©nat serait examinĂ© avant la fin de la session parlementaire de juin, avec procĂ©dure accĂ©lĂ©rĂ©e.
Le député guyanais Jean-Victor Castor a salué une avancée majeure :
« Ce ne sont pas des archives, ce sont nos ancĂȘtres. »
Une phrase forte qui rĂ©sume lâenjeu : au-delĂ dâun dossier juridique, il sâagit ici dâune question de mĂ©moire, de dignitĂ© et de rĂ©paration historique.
Le long combat des descendants
Cette avancĂ©e est aussi le rĂ©sultat dâun combat menĂ© depuis plusieurs annĂ©es par des associations et des descendants, notamment Corinne Toka Devilliers, prĂ©sidente de lâassociation Moliko. Elle milite depuis longtemps pour que ces ancĂȘtres puissent enfin revenir sur leur terre.
Selon les informations disponibles, une fois la loi adoptée et la restitution officialisée, les dépouilles devraient rejoindre le mémorial inauguré à Iracoubo en 2024, lieu de recueillement et de transmission de cette mémoire.
Pourquoi une loi spécifique est nécessaire
Le sujet est Ă©galement juridique. La France a bien adoptĂ© en 2023 une loi-cadre facilitant la restitution de restes humains, mais celle-ci concerne uniquement les Ătats Ă©trangers. Les territoires ultramarins français, comme la Guyane, ne peuvent donc pas utiliser ce dispositif.
Câest pourquoi une proposition de loi spĂ©cifique a Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e au SĂ©nat dĂšs octobre 2024 pour permettre le dĂ©classement de ces restes humains des collections publiques.
Autrement dit, il faut un texte dĂ©diĂ© pour que ces dĂ©pouilles cessent juridiquement dâappartenir au domaine public.
Un acte mémoriel majeur pour la Guyane
Au-delĂ du cadre lĂ©gal, cette restitution marque un tournant dans la reconnaissance de lâhistoire des peuples autochtones de Guyane.
Elle rappelle aussi que la mĂ©moire coloniale ne concerne pas uniquement les Ćuvres dâart pillĂ©es, mais aussi les restes humains conservĂ©s Ă des fins anthropologiques, parfois dans des conditions profondĂ©ment dĂ©shumanisantes.
AprĂšs 133 ans dâattente, ce retour annoncĂ© apparaĂźt comme un geste de justice historique.
La JamaĂŻque pourrait lancer ses premiers forages pĂ©troliers dâici fin 2027-Actu 2
La JamaĂŻque pourrait franchir une Ă©tape historique dans sa quĂȘte dâindĂ©pendance Ă©nergĂ©tique. Selon le ministre de lâĂnergie Daryl Vaz, les premiers forages pĂ©troliers au large de la cĂŽte de Saint-Thomas pourraient dĂ©buter dâici fin 2027, voire dĂ©but 2028, Ă la suite de rĂ©sultats scientifiques jugĂ©s encourageants.
Des traces dâhydrocarbures confirmĂ©es en mer
Lâannonce intervient aprĂšs les analyses menĂ©es par United Oil & Gas sur la licence offshore Walton-Morant, au sud de lâĂźle.
Les rĂ©sultats ont confirmĂ© la prĂ©sence dâhydrocarbures dans plusieurs Ă©chantillons de sĂ©diments marins. Plus prĂ©cisĂ©ment, les analyses ont identifiĂ© des composĂ©s comme le butane et le pentane (C4 et C5), considĂ©rĂ©s comme des indices sĂ©rieux dâun systĂšme pĂ©trolier actif sous les eaux jamaĂŻcaines.
Il ne sâagit pas encore dâune dĂ©couverte de pĂ©trole commercialement exploitable, mais dâune avancĂ©e majeure dans la phase dâexploration.
Comme lâa rappelĂ© Daryl Vaz :
« Ils ont vu des traces ; ils nâont pas vu ni touchĂ© la substance rĂ©elle. »
Autrement dit, la JamaĂŻque est encore au stade scientifique et exploratoire.
Un projet colossal Ă financer
Le prochain dĂ©fi est financier. Le forage dâun seul puits en eaux profondes coĂ»terait entre 60 et 80 millions de dollars amĂ©ricains, et plusieurs puits pourraient ĂȘtre nĂ©cessaires pour confirmer un gisement viable.
Le gouvernement jamaĂŻcain cherche dĂ©sormais Ă attirer des partenaires internationaux capables dâinvestir dans cette phase dĂ©cisive.
United Oil & Gas mÚne déjà des discussions avec de grandes compagnies du secteur pour un éventuel partenariat.
Un enjeu stratégique pour la Jamaïque
Pour la JamaĂŻque, lâenjeu est immense. LâĂźle dĂ©pend fortement des importations dâĂ©nergie, ce qui pĂšse lourdement sur sa balance commerciale. Selon la presse Ă©conomique jamaĂŻcaine, les importations de carburants et lubrifiants reprĂ©sentaient plus de 1,3 milliard de dollars US sur les neuf premiers mois de 2025.
Une dĂ©couverte majeure pourrait transformer durablement lâĂ©conomie du pays, Ă lâimage de ce quâa connu le Guyana ces derniĂšres annĂ©es. Mais le ministre insiste sur la prudence : exploration ne signifie pas exploitation immĂ©diate.
La question environnementale au cĆur du dossier
Toute autorisation de forage devra passer par plusieurs étapes :
Ă©tude dâimpact environnemental,
consultation des communautés concernées,
validation gouvernementale,
nouvelle négociation de licence.
La JamaĂŻque, trĂšs dĂ©pendante du tourisme et de la santĂ© de ses Ă©cosystĂšmes marins, devra avancer avec prĂ©caution, notamment dans les zones proches des communautĂ©s de pĂȘcheurs.
Séisme chez Grasset : plus de 115 écrivains, dont plusieurs voix antillaises, claquent la porte - Actu 3
Une fracture majeure secoue le monde de lâĂ©dition française.
Plus de 115 auteurs et autrices publiĂ©s chez Grasset ont annoncĂ© leur dĂ©part collectif de la prestigieuse maison dâĂ©dition, Ă la suite de lâĂ©viction de son prĂ©sident historique, Olivier Nora, restĂ© 26 ans Ă sa tĂȘte.
Dans une lettre commune, les signataires dénoncent une « guerre idéologique » menée par Vincent Bolloré, propriétaire du groupe Hachette Livre, maison mÚre de Grasset.
« Nous ne signerons pas notre prochain livre chez Grasset »
Cette phrase, au cĆur de la lettre ouverte, marque un geste rare dans lâhistoire littĂ©raire française.
Des voix caribéennes et créoles parmi les départs
Parmi les auteurs qui quittent Grasset figurent plusieurs figures majeures du monde créole et caribéen :
Dany LaferriĂšre (HaĂŻti)
Viktor Lazlo (Martinique)
Tania de Montaigne
Jennifer Richard
Ananda Devi
Leur dĂ©part donne Ă cette affaire une rĂ©sonance particuliĂšre dans les espaces francophones issus du monde crĂ©ole, oĂč les questions de pluralitĂ© des voix, de mĂ©moire et de libertĂ© dâexpression sont centrales.
Une crise autour de lâindĂ©pendance Ă©ditoriale
Le dĂ©part dâOlivier Nora a Ă©tĂ© perçu par de nombreux auteurs comme le symbole dâune reprise en main idĂ©ologique.
Dans leur texte, ils accusent Vincent Bolloré de vouloir :
« imposer lâautoritarisme partout dans la culture et les mĂ©dias »
Depuis plusieurs annĂ©es, le nom de BollorĂ© revient rĂ©guliĂšrement dans les dĂ©bats autour de la concentration des mĂ©dias et de lâorientation Ă©ditoriale de plusieurs groupes culturels.
Cette vague de départs apparaßt ainsi comme une prise de position politique et culturelle, bien au-delà de la seule maison Grasset.
Un moment charniÚre pour la littérature francophone
Le dĂ©part collectif de plus dâune centaine dâĂ©crivains reste exceptionnel.
Il tĂ©moigne dâune inquiĂ©tude profonde sur lâavenir de lâĂ©dition française et sur la capacitĂ© des maisons historiques Ă prĂ©server leur indĂ©pendance.
La prĂ©sence dâauteurs caribĂ©ens et ultramarins parmi les signataires renforce encore la portĂ©e symbolique de ce mouvement.
Pour beaucoup, câest aussi une maniĂšre de dĂ©fendre une littĂ©rature ouverte, plurielle et libre.
Martinique : âBandiâ entre dans le top 10 mondial de Netflix avec 2,1 millions de vues en une semaine - Actu 4
Câest une percĂ©e historique pour lâaudiovisuel martiniquais et caribĂ©en.
La série Bandi, tournée en grande partie en Martinique, signe une entrée remarquée dans les classements mondiaux de Netflix.
En moins dâune semaine aprĂšs sa mise en ligne, la sĂ©rie sâest hissĂ©e Ă la 6e place du Top 10 mondial des sĂ©ries non anglophones, avec 2,1 millions de vues et 16,2 millions dâheures visionnĂ©es sur la pĂ©riode du 6 au 12 avril 2026.
Un lancement qui dépasse les Antilles
Le succĂšs est particuliĂšrement fort aux Antilles françaises. En Martinique et en Guadeloupe, Bandi sâest rapidement installĂ©e Ă la premiĂšre place des classements locaux. Mais la sĂ©rie dĂ©passe largement le public caribĂ©en. Dans lâHexagone, elle atteint la 2e place du Top 10 national, portĂ©e par le bouche-Ă -oreille et une forte visibilitĂ© sur les rĂ©seaux sociaux.
Une audience qui sâĂ©tend Ă plusieurs continents
Le plus impressionnant reste son rayonnement international. Selon les données relayées ces derniers jours, Bandi figure dans le Top 10 de nombreux pays, notamment :
Bahamas
JamaĂŻque
République dominicaine
Panama
Nigeria
Brésil
Argentine
Portugal
Venezuela
Dans certains territoires, la sĂ©rie sâest mĂȘme hissĂ©e en tĂȘte du classement. Cette dynamique confirme que les rĂ©cits ancrĂ©s dans la CaraĂŻbe peuvent toucher un public mondial.
Une victoire symbolique pour la Martinique
Au-delĂ des chiffres, ce succĂšs a une portĂ©e symbolique majeure. Bandi est prĂ©sentĂ©e comme la premiĂšre sĂ©rie Netflix dâune telle envergure tournĂ©e majoritairement en Martinique, avec une forte prĂ©sence du crĂ©ole, des dĂ©cors locaux et des rĂ©alitĂ©s sociales martiniquaises.
Pour lâaudiovisuel caribĂ©en, câest un signal fort : les histoires venues des Antilles peuvent dĂ©sormais sâimposer sur les plus grandes plateformes mondiales.
Martinique : une Ă©tape historique vers la CARICOM, lâAssemblĂ©e nationale ouvre la voie Ă son ancrage caribĂ©en - Actu 5
La Martinique continue de renforcer son ancrage dans son espace naturel : la CaraĂŻbe.
LâAssemblĂ©e nationale française a approuvĂ© jeudi lâaccord relatif Ă lâadhĂ©sion au protocole sur les privilĂšges et immunitĂ©s de la CARICOM, une Ă©tape dĂ©cisive qui rapproche concrĂštement le territoire de son intĂ©gration officielle comme membre associĂ© de la CommunautĂ© caribĂ©enne.
Pour beaucoup, cette dĂ©cision dĂ©passe le simple cadre administratif : elle symbolise une reconnaissance institutionnelle dâune rĂ©alitĂ© gĂ©ographique, culturelle et historique que vivent dĂ©jĂ les Martiniquais au quotidien.
Une adhésion déjà signée à la Barbade
Cette avancĂ©e sâinscrit dans un processus dĂ©jĂ engagĂ© depuis plusieurs annĂ©es.
Le 20 fĂ©vrier 2025, Ă Bridgetown en Barbade, la Martinique a officiellement signĂ© son adhĂ©sion en tant que membre associĂ© de la CARICOM lors du 48á” sommet des chefs dâĂtat et de gouvernement de lâorganisation.
Cette signature marquait une étape politique majeure.
Le vote de lâAssemblĂ©e nationale vient dĂ©sormais lui donner une base juridique indispensable cĂŽtĂ© français, notamment en ce qui concerne les privilĂšges et immunitĂ©s accordĂ©s au fonctionnement de lâorganisation.
Autrement dit, Paris valide officiellement le cadre permettant à la Martinique de prendre pleinement sa place dans les instances régionales.
Membre associĂ© : quâest-ce que cela change concrĂštement ?
Devenir membre associĂ© ne signifie pas rejoindre la CARICOM au mĂȘme titre quâun Ătat souverain comme la JamaĂŻque, la Barbade ou TrinitĂ©-et-Tobago.
La Martinique obtient cependant un statut stratégique.
Une présence à la table des discussions
Le territoire pourra désormais siéger aux réunions de la CARICOM, participer aux échanges, porter des propositions et défendre des projets régionaux.
En revanche, la Martinique ne disposera pas de droit de vote lors des confĂ©rences entre chefs de gouvernement. MĂȘme sans vote, cette prĂ©sence institutionnelle permet dâinfluencer les discussions et de mieux faire entendre la voix de la CaraĂŻbe francophone.
Un accÚs direct aux grands programmes régionaux
Lâun des enjeux majeurs de cette adhĂ©sion concerne lâaccĂšs aux programmes de coopĂ©ration rĂ©gionale. La Martinique pourra intĂ©grer plusieurs initiatives portĂ©es par la CARICOM, notamment dans des secteurs clĂ©s :
santé publique
éducation
climat
transports
jeunesse et mobilité
gestion des risques naturels
Dans une région réguliÚrement exposée aux ouragans, aux séismes et aux crises climatiques, cet aspect est particuliÚrement stratégique.
La coopĂ©ration en matiĂšre de prĂ©vention des catastrophes naturelles pourrait par exemple renforcer les dispositifs dâalerte et la coordination avec les Ăźles voisines.
Ăconomie, commerce et mobilitĂ© : un enjeu majeur
Cette adhĂ©sion ouvre Ă©galement la voie Ă une meilleure facilitation des Ă©changes avec les autres territoires caribĂ©ens. La Martinique pourra dĂ©velopper davantage dâaccords bilatĂ©raux avec les Ătats membres, afin de soutenir :
les échanges commerciaux
les projets entrepreneuriaux
les coopérations maritimes et aériennes
les investissements régionaux
Pour un territoire souvent confronté à des coûts logistiques élevés, cette dimension économique pourrait devenir un levier important.
Les questions de liaisons maritimes et aĂ©riennes inter-Ăźles, souvent pointĂ©es comme un frein au dĂ©veloppement rĂ©gional, pourraient ainsi bĂ©nĂ©ficier dâune nouvelle dynamique.
Santé et jeunesse : une ouverture régionale
Autre enjeu fort : la coopĂ©ration sanitaire. La Martinique pourra renforcer ses liens avec les programmes de lâOrganisation panamĂ©ricaine de la santĂ© (OPS/PAHO), un point crucial dans un contexte oĂč les crises sanitaires rĂ©gionales, les Ă©pidĂ©mies tropicales et la coopĂ©ration hospitaliĂšre nĂ©cessitent une rĂ©ponse coordonnĂ©e.
LâĂ©ducation et la mobilitĂ© des jeunes constituent Ă©galement un axe important. Cette adhĂ©sion pourrait favoriser davantage dâĂ©changes universitaires, de formations professionnelles et de programmes rĂ©gionaux pour la jeunesse caribĂ©enne.
Martinique et CARICOM
Au-delà du volet institutionnel, cette décision porte une charge symbolique forte.
La Martinique appartient à la Caraïbe par son histoire, sa culture, ses circulations humaines, sa musique, sa gastronomie et ses liens économiques.
Cette entrĂ©e comme membre associĂ© de la CARICOM vient formaliser ce lien. Câest aussi une opportunitĂ© pour renforcer les passerelles avec les Ăźles voisines, Ă un moment oĂč les questions de souverainetĂ© alimentaire, de rĂ©silience climatique et de coopĂ©ration rĂ©gionale deviennent centrales.
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