De ses premières toiles vendues à 18 ans à la création d’une agence en Guadeloupe, Nathanaël Philbert a construit son parcours autour de l’image. Avec REBIRTH, sa première exposition parisienne, il redonne une place centrale à la peinture et fait dialoguer reconstruction personnelle, mémoire antillaise et désir de création.
Une table de dominos, un marché aux poissons, une femme au madras. Dans les tableaux de Nathanaël Philbert, la Guadeloupe se raconte à travers des scènes du quotidien. D’autres visages surgissent au milieu des flammes ou de la végétation. Présentée à la Galerie M, à Paris, du 22 au 25 octobre 2026, REBIRTH réunit ces images autour d’une idée : le recommencement.
Pour comprendre cette « renaissance », il faut remonter à une première exposition, bien avant les entreprises et les projets numériques qui occuperont ensuite une grande partie de sa vie.
À 18 ans, les premières toiles ouvrent la voie aux voyages
Originaire de Guadeloupe, Nathanaël Philbert expose dès l’âge de 18 ans. Après un baccalauréat littéraire, il envisage une école d’art, mais le projet ne se concrétise pas. Il raconte avoir dû chercher rapidement son autonomie financière.
La peinture lui offre un premier départ. Il vend plusieurs toiles et utilise l’argent récolté pour voyager. Au fil de ses déplacements, la photographie et la vidéo prennent davantage de place. Il réalise des contenus pour des hôtels et des restaurants, puis transforme ces commandes en activité professionnelle.
Dans un portrait publié par Outremers360 en 2024, il explique que l’émotion, déjà recherchée dans ses tableaux, l’a accompagné dans son travail photographique et audiovisuel. D’un support à l’autre, la création d’images reste le fil de son parcours.
Construire une entreprise, puis devoir recommencer
La pandémie de Covid-19 bouleverse cette activité internationale. De retour en Guadeloupe, il développe NPH Agency, une agence de création de contenus destinée au marché antillais et guyanais.
Les formats courts pour les réseaux sociaux occupent une place importante dans son offre. La demande augmente et l’équipe atteint, selon son témoignage, une quinzaine de personnes. Il découvre aussi les difficultés du recrutement et de la gestion d’une équipe.
En mai 2024, un incendie détruit les locaux et le matériel de son agence. Outremers360 rapporte qu’il se résout alors à fermer cette structure pour poursuivre d’autres projets.
Il continue à entreprendre, notamment avec SocialFrame Branding NYC, un studio new-yorkais consacré à la création de contenus pour les entrepreneurs et les experts. Lorsqu’il annonce ce projet, il revient sur la perte de plusieurs années de travail et sur sa volonté de reconstruire autrement.
Redonner du temps à la peinture
La suite de son parcours se joue également dans une réflexion sur la place de l’art. En juin 2026, Nathanaël Philbert évoque le tiraillement entre ses entreprises et son envie d’explorer davantage sa création personnelle. Expérimenter de nouvelles techniques, faire évoluer son univers : la peinture réclame du temps et une attention qu’il souhaite lui accorder.
Cette réflexion apporte une autre dimension à REBIRTH. Le titre renvoie au recommencement après une épreuve, mais il peut aussi se lire comme la place retrouvée d’une pratique présente depuis ses débuts.
L’artiste et l’entrepreneur avancent désormais dans un même parcours. L’un développe des projets autour de l’image et de la visibilité ; l’autre explore ce qu’il souhaite exprimer à travers ses propres œuvres.
REBIRTH, une mémoire antillaise travaillée par la transformation
La présentation de l’exposition situe son atelier à Bali. C’est pourtant aussi la Guadeloupe qui habite les sujets de REBIRTH. Les dominos, le marché aux poissons et les figures antillaises donnent à voir un quotidien fait de rencontres, de gestes et de présences.
Parmi les œuvres mises en avant par la galerie, Table des anciens mesure 140 × 230 centimètres. À ces scènes répondent des compositions où les visages côtoient le feu et une végétation foisonnante. Regards, spirales, lignes croisées et touches d’or composent cet univers.
Le recommencement se retrouve jusque dans la manière de travailler : la peinture est posée, recouverte, transformée et reprise sur une même surface. On peut y voir un écho à la reconstruction, une image nouvelle apparaissant à partir de ce qui était déjà là.
Cette lecture laisse cependant les tableaux ouverts. Une scène pourra rappeler un souvenir à certains visiteurs et faire découvrir un univers à d’autres. Les œuvres offrent des points d’entrée qui dépassent la connaissance du parcours de leur auteur.
Avec sa première exposition parisienne, Nathanaël Philbert rend visible cette continuité entre ses premières toiles et ses recherches actuelles. REBIRTH donne une forme à ce nouveau chapitre : une peinture nourrie par les lieux traversés, les ruptures vécues et les images de son île.




