Bad Bunny au Super Bowl : Porto Rico, l’Amérique et le Super Bowl le plus regardé de l’histoire
Bad Bunny au Super Bowl : quand Porto Rico s’invite au cœur de l’Amérique
Le Super Bowl n’est pas qu’un match de football américain. C’est le plus grand rendez-vous télévisuel des États-Unis, la finale du championnat de la NFL, suivie chaque année par plus de 100 millions de téléspectateurs sur le territoire américain, et des dizaines de millions à travers le monde. Publicités à plusieurs millions de dollars, artistes planétaires, scénographies démesurées : la mi-temps du Super Bowl est devenue une scène culturelle globale, où se joue bien plus que du divertissement.
Cette année, le Super Bowl est entré dans l’histoire. Jamais l’événement n’avait été aussi regardé, confirmant son statut de programme télévisé le plus suivi de tous les temps aux États-Unis. Et au centre de ce moment historique : Bad Bunny.
Une mi-temps comme déclaration d’amour à Porto Rico
Pendant 14 minutes, l’artiste portoricain a transformé la mi-temps en lettre d’amour à son île natale, mais aussi en miroir tendu à l’Amérique. Champs de canne à sucre, rues populaires, salon de manucure, bar de quartier : la scène racontait Porto Rico de l’intérieur, loin des clichés touristiques.
Au cœur du décor trônait sa désormais célèbre casita, une maison inspirée de l’architecture traditionnelle portoricaine, devenue un symbole de ses tournées. Sur son porche, des visages familiers : Pedro Pascal, Cardi B, Karol G, Jessica Alba, dansant comme lors d’une fête de famille. Une scène simple, mais lourde de sens : la culture caribéenne comme espace de vie, de joie et de transmission.
Un moment historique… en espagnol
À 31 ans, Bad Bunny est entré dans l’histoire en devenant le premier artiste à assurer un spectacle de mi-temps du Super Bowl entièrement en espagnol. Un choix loin d’être anodin dans un événement longtemps perçu comme un bastion de la culture dominante anglo-américaine.
Une seule phrase fut prononcée en anglais :
« God bless America », avant qu’il n’énumère les pays d’Amérique centrale, du Sud et du Nord, pendant que des danseurs brandissaient leurs drapeaux. En arrière-plan, un message lumineux s’imposait :
« La seule chose plus puissante que la haine, c’est l’amour ».
Puis cette phrase, portée comme un manifeste :
« Together, we are America » Ensemble, nous sommes l’Amérique.
Porto Rico, territoire américain… mais à part
Pour saisir la portée de ce spectacle, il faut rappeler le statut particulier de Porto Rico. L’île est un territoire américain depuis 1898, à la suite de la guerre hispano-américaine. En 1917, les Portoricains obtiennent la citoyenneté américaine, mais Porto Rico reste un territoire non incorporé : ses habitants ne votent pas pour le président des États-Unis et ne disposent pas de représentants votants au Congrès.
Américains sans être pleinement américains, Portoricains sans État : cette ambiguïté politique nourrit depuis plus d’un siècle un sentiment de marginalisation, ravivé lors de catastrophes comme l’ouragan Maria en 2017.
Une mémoire encore vive
Sur scène, Bad Bunny n’a rien dit explicitement. Mais les symboles parlaient. Un pylône électrique rappelait les infrastructures effondrées après Maria, laissant l’île des mois sans électricité. Son pull beige affichait le chiffre 64 , le bilan officiel des victimes de l’ouragan, largement contesté, alors que des études indépendantes évoquent plusieurs milliers de morts.
À l’époque, l’administration Trump avait été accusée par de nombreux Portoricains de ne pas avoir apporté le même soutien fédéral que lors des catastrophes survenues sur le continent américain.
Une célébration, pas une attaque frontale
Contrairement à ses discours récents aux Grammy Awards où il avait publiquement dénoncé les pratiques de l’ICE , Bad Bunny n’a formulé aucune critique directe contre l’administration américaine lors du Super Bowl. Un choix qui a surpris certains, mais qui souligne une autre stratégie : rassembler plutôt que confronter, sans jamais renoncer à son identité.
Pourtant, la réaction politique n’a pas tardé. Donald Trump, absent du Super Bowl, a violemment critiqué la prestation sur Truth Social, la qualifiant d’« absolument terrible » et affirmant que « personne ne comprend un mot de ce qu’il raconte ». En parallèle, un événement alternatif, le All-American Halftime Show, était organisé par des soutiens conservateurs, avec Kid Rock en tête d’affiche.
Une cohérence artistique assumée
Ce show s’inscrit dans une trajectoire claire. L’an dernier, Bad Bunny avait volontairement exclu les États-Unis de sa tournée mondiale, à l’exception de Porto Rico, expliquant craindre que ses fans ne soient pris pour cible par les agents de l’ICE. Il avait alors précisé que ses choix n’étaient « motivés par aucune haine ».
Des éléments de cette tournée déjà passée par l’Amérique centrale et du Sud, et bientôt en Australie, au Japon et en Europe ont été intégrés à la performance du Super Bowl, renforçant la continuité de son message artistique.
Une performance maîtrisée, collective et puissante
Malgré quelques problèmes techniques en début de show, Bad Bunny a livré un medley puissant de ses titres majeurs : Tití Me Preguntó, MONACO, BAILE INoLVIDABLE, mais aussi des morceaux récents comme EoO et DtMF, parmi les moments les plus marquants de la soirée.
Lady Gaga a surpris le public avec une version salsa de Die With A Smile, tandis que Ricky Martin a interprété Lo Que Le Pasó A Hawaii, une chanson qui met en garde contre la perte d’identité culturelle.
Déjà invité en 2020 aux côtés de Shakira, Bad Bunny s’est cette fois imposé comme tête d’affiche, avec une aisance et une assurance remarquées. L’artiste le plus écouté au monde en 2025 selon Spotify a confirmé son statut : celui d’une superstar mondiale, mais surtout d’un porte-voix culturel.
Plus qu’un show, un moment de bascule
En plaçant Porto Rico au centre du spectacle le plus regardé de l’histoire de la télévision américaine, Bad Bunny a rappelé une vérité simple mais dérangeante : l’Amérique est plurielle.
Au-delà du sport, au-delà de la musique, ce Super Bowl restera comme un moment de bascule culturelle. Un instant où une île longtemps reléguée aux marges s’est retrouvée, enfin, au centre du récit mondial.






