AGRICULTURE OUTRE-MER : PRÈS DE 20 MILLIONS D’EUROS D’AIDES EN MOINS PRÉVUS EN 2027- Actu 1
Les filières agricoles ultramarines alertent sur des coupes budgétaires qui pourraient fragiliser les exploitations et accentuer la dépendance alimentaire des territoires.
Les organisations agricoles de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane, de La Réunion et de Mayotte tirent la sonnette d’alarme. Selon leur analyse, le projet de budget de l’État pour 2027 prévoit près de 20 millions d’euros de moins pour l’agriculture des Outre-mer.
Trois secteurs seraient particulièrement touchés : la canne à sucre, avec 13,2 millions d’euros de baisse, les productions animales et végétales, avec 5 millions d’euros en moins, et la banane, qui perdrait 1,7 million d’euros.
Pourquoi ces baisses sont-elles préoccupantes ?
Produire dans les Outre-mer coûte souvent plus cher que dans l’Hexagone. Les agriculteurs doivent composer avec des frais de transport importants, des intrants importés, des marchés locaux limités et des risques climatiques élevés.
Les aides publiques servent notamment à compenser une partie de ces contraintes pour permettre aux exploitations de continuer à produire.
Leur réduction pourrait donc entraîner une baisse des revenus agricoles, fragiliser certaines exploitations et rendre les produits locaux moins compétitifs face aux importations.
La filière canne est particulièrement exposée. Une diminution des aides ne toucherait pas seulement les planteurs, mais pourrait également affecter l’activité des sucreries et des distilleries, qui dépendent de leur production.
Une contradiction avec la souveraineté alimentaire
Cette annonce intervient alors que les pouvoirs publics encouragent depuis plusieurs années les territoires ultramarins à produire davantage de nourriture localement.
Pourtant, l’agriculture est déjà fragilisée. En Guadeloupe, le nombre d’agriculteurs est passé d’environ 12 000 à 7 000 en trente ans, selon les données avancées par la chambre d’agriculture.
La baisse des financements pourrait compliquer davantage le développement des cultures vivrières, de l’élevage et des productions maraîchères.
Les organisations agricoles dénoncent ainsi une contradiction : demander aux Outre-mer de réduire leurs importations alimentaires tout en diminuant les moyens destinés à soutenir leurs producteurs.
Un sentiment d’inégalité face à l’Hexagone
Autre point de tension : le traitement des conséquences de la sécheresse. Le gouvernement a annoncé un plan d’urgence de 1,3 milliard d’euros pour soutenir les agriculteurs touchés. Mais les départements et régions d’outre-mer ne bénéficient pas du principal dispositif d’indemnisation prévu dans ce plan.
Ils dépendent d’un mécanisme distinct, le fonds de secours outre-mer, dont les organisations professionnelles dénoncent les limites.
Pour les représentants agricoles, cette différence est difficile à accepter alors que plusieurs territoires ultramarins ont également subi d’importantes sécheresses.
Ils soulignent aussi que la France demande une augmentation des financements agricoles européens destinés aux régions ultrapériphériques, tout en envisageant de réduire ses propres aides nationales.
Que réclament les agriculteurs ?
Les organisations demandent au gouvernement de revenir sur les réductions annoncées et de mobiliser 25 millions d’euros pour maintenir les aides existantes, soutenir les productions locales et accompagner davantage le développement agricole en Guyane et à Mayotte.
Plusieurs parlementaires ultramarins ont également interpellé le gouvernement.
Il faut toutefois préciser que ces baisses figurent dans le projet de loi de finances pour 2027. Elles ne sont donc pas encore définitives et peuvent être modifiées lors des débats parlementaires.
AIMÉ CÉSAIRE DÉSORMAIS HONORÉ À L’ASSEMBLÉE NATIONALE - Actu 2
Une plaque commémorative a été installée sur le siège qu’occupait l’ancien député martiniquais, près de 18 ans après sa disparition.
Le mardi 13 octobre 2026, une plaque en hommage à Aimé Césaire a été dévoilée sur le siège numéro 607 de l’Assemblée nationale, qu’il occupait lorsqu’il siégeait au sein du groupe communiste.
La cérémonie, présidée par Yaël Braun-Pivet, s’est déroulée en présence de la députée martiniquaise Béatrice Bellay, à l’origine de cette initiative, et de Michèle Césaire, fille du poète et homme politique.
Élu député de la Martinique en 1945, Aimé Césaire a siégé à l’Assemblée nationale pendant près de 48 ans, jusqu’en 1993. Figure majeure de la Négritude et de la lutte contre le colonialisme, il a notamment participé à l’adoption de la loi de départementalisation de 1946.
Également maire de Fort-de-France pendant 56 ans, il a profondément marqué l’histoire politique et culturelle de la Martinique.
Avec cette plaque, son nom rejoint ceux d’autres grandes figures parlementaires honorées dans l’hémicycle.
ANGUILLA : UNE DÉCISION DE DONALD TRUMP FAIT CRAINDRE POUR LES REVENUS DE CETTE ÎLE CARIBÉENNE - Actu 3
Grâce à son nom de domaine « .ai », Anguilla gagne des dizaines de millions de dollars avec l’essor de l’intelligence artificielle. Mais la volonté de Donald Trump de rebaptiser cette technologie suscite des inquiétudes.
C’est une situation assez insolite pour cette petite île britannique de la Caraïbe, qui compte moins de 15 000 habitants.
Depuis plusieurs années, Anguilla profite financièrement de l’explosion de l’intelligence artificielle, simplement grâce aux deux lettres qui lui ont été attribuées sur Internet : « .ai ».
Comme la France possède le « .fr », Anguilla détient le « .ai », une extension devenue particulièrement recherchée par les entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle, appelée Artificial Intelligence en anglais.
Chaque entreprise qui enregistre ou renouvelle un site utilisant cette extension contribue ainsi aux recettes du territoire.
Une véritable manne financière pour Anguilla
Avec l’essor de l’intelligence artificielle, les revenus générés par ces noms de domaine ont considérablement augmenté.
Selon les chiffres communiqués par le gouvernement, Anguilla a encaissé environ 80 millions de dollars américains entre janvier et juillet 2026, uniquement grâce aux enregistrements de domaines « .ai ».
Cette somme représentait près de 47,5 % des recettes publiques perçues pendant cette période. Pour une île dont l’économie repose notamment sur le tourisme, cette nouvelle source de revenus est devenue particulièrement importante.
Pourquoi Donald Trump inquiète-t-il Anguilla ?
Le 29 septembre 2026, Donald Trump a signé un décret demandant aux agences fédérales américaines de remplacer l’expression Artificial Intelligence (AI) par Super Intelligence (SI).
Cette décision a provoqué une forte augmentation des enregistrements de sites Internet se terminant par « .si », une extension appartenant à la Slovénie.
Pour Anguilla, une question s’est alors posée : si les entreprises abandonnent progressivement le terme « AI » au profit de « SI », les revenus de l’île pourraient-ils diminuer ?
Le gouvernement tente de rassurer la population
Face aux inquiétudes, le ministre anguillais chargé des technologies, José Vanterpool, a pris la parole le 12 octobre.
Selon lui, aucun signe ne montre actuellement que les entreprises abandonnent massivement les domaines « .ai ».
Au contraire, les ventes auraient continué de progresser en septembre. Le ministre estime également qu’il est peu probable que des entreprises ayant investi dans leur identité numérique changent de nom de domaine uniquement en raison d’une décision politique américaine.
Il faut d’ailleurs préciser que le décret de Donald Trump concerne la terminologie utilisée par les agences fédérales américaines. Il ne modifie pas la propriété de l’extension « .ai » et n’oblige pas les entreprises privées à changer leurs adresses Internet.
Une opportunité économique, mais aussi une dépendance
Cette situation montre comment un petit territoire caribéen a réussi à tirer profit d’un secteur technologique mondial sans nécessairement accueillir les entreprises concernées sur son sol.
Mais elle révèle également une fragilité : une part importante des recettes publiques d’Anguilla dépend désormais de la popularité de deux lettres.
GUADELOUPE : LE COLLECTIF « NOU LAS PALÉ » BLOQUE JARRY POUR DÉNONCER LA VIE CHÈRE - Actu 4
Depuis le 14 octobre, plusieurs communes de Guadeloupe sont touchées par des barrages routiers. Le mouvement, qui dénonce notamment les prix des carburants et les difficultés d’accès à l’eau, provoque des tensions avec les autorités et perturbe l’activité économique.
La mobilisation du collectif « Nou Las Palé », qui signifie « Nous sommes fatigués de parler », se poursuit en Guadeloupe.
Le mouvement a débuté le mercredi 14 octobre avec le blocage de plusieurs axes routiers, notamment autour de la zone industrielle et commerciale de Jarry, à Baie-Mahault, l’un des principaux pôles économiques de l’archipel.
Des gravats, du tuf et des poids lourds ont été utilisés pour empêcher la circulation, rendant plusieurs accès à Jarry pratiquement impossibles.
Mais malgré les opérations de déblayage engagées par les autorités, les barrages se sont poursuivis et étendus à plusieurs communes, notamment Sainte-Rose, Sainte-Anne, Le Gosier, Basse-Terre et Deshaies.
Que réclame le collectif « Nou Las Palé » ?
Le mouvement rassemble notamment des représentants du bâtiment, de la pêche, des petites entreprises et des militants associatifs.
Ses revendications portent sur plusieurs difficultés rencontrées par les Guadeloupéens : la vie chère, les prix des carburants, les coupures d’eau, l’insécurité et la préservation des entreprises et des emplois.
Le collectif réclame notamment un retour aux tarifs des carburants de 2023, soit 1,70 € pour le gazole et 1,85 € pour l’essence sans plomb.
Pour ses représentants, ces problèmes durent depuis trop longtemps et les réponses des pouvoirs publics restent insuffisantes.
Un bras de fer avec le préfet de Guadeloupe
Dès le 14 octobre, le préfet Thierry Devimeux a ordonné le dégagement des accès à Jarry, en réquisitionnant des engins de travaux publics et en mobilisant les forces de l’ordre.
Il a dénoncé les conséquences des barrages sur les salariés, les entreprises et les habitants, tout en refusant de recevoir les représentants de « Nou Las Palé », dont il conteste la légitimité représentative.
Le collectif affirme, de son côté, avoir sollicité les autorités avant le début des blocages et dénonce l’absence de dialogue.
Les opérations de déblayage ont permis de rétablir temporairement la circulation sur certains axes, mais de nouveaux barrages ont ensuite été installés.
La situation s’est également tendue le vendredi 16 octobre, notamment à Basse-Terre, où des affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre. Plusieurs policiers ont été blessés.
Les autorités ont par ailleurs soulevé la question de la possible présence d’amiante dans certains gravats utilisés pour les barrages. Cette affirmation est contestée par le collectif et doit être confirmée par les analyses engagées.
Une mobilisation qui fait écho à la Martinique
Le mouvement guadeloupéen intervient dans un contexte de contestation plus large contre la vie chère aux Antilles.
Le 1er octobre, « Nou Las Palé » avait organisé une réunion publique à Baie-Mahault, en présence de Rodrigue Petitot, figure du RPPRAC, collectif martiniquais engagé contre la vie chère.
Les deux mouvements partagent plusieurs préoccupations, notamment le coût de la vie et les difficultés économiques rencontrées par les populations.
En Martinique, le RPPRAC a fixé un ultimatum au 19 octobre 2026, réclamant l’application des engagements pris en 2024 pour faire baisser les prix des produits de première nécessité. Faute d’avancées suffisantes, il prévoit de relancer sa mobilisation.
Si les deux collectifs affichent leur solidarité, leurs actions et leurs revendications restent propres à chaque territoire.
Une contestation aux conséquences économiques importantes
Les blocages perturbent les déplacements quotidiens, l’approvisionnement et le fonctionnement de nombreuses entreprises.
Pour les manifestants, ces actions constituent un moyen de faire pression sur les autorités afin d’obtenir des réponses concrètes. Mais pour les professionnels et les habitants pénalisés par les barrages, la paralysie des routes risque aussi d’aggraver les difficultés économiques déjà dénoncées.
HAÏTI : D’OÙ VIENNENT LES ARMES DES GANGS MALGRÉ L’EMBARGO DE L’ONU ? - Actu 5
Les États-Unis apparaissent comme une source majeure des armes introduites clandestinement en Haïti. Mais les rapports de l’ONU révèlent aussi des réseaux internationaux, des détournements de stocks officiels et des complicités locales.
Le 14 octobre 2026, le Conseil de sécurité des Nations unies a renouvelé les sanctions et l’embargo sur les armes concernant Haïti, dans l’espoir de freiner l’approvisionnement des groupes armés.
Pourtant, malgré les restrictions imposées depuis 2022, les gangs continuent de disposer de fusils d’assaut, de pistolets et d’importantes quantités de munitions.
Selon les Nations unies, entre 270 000 et 500 000 armes illégales circuleraient dans le pays. Ce chiffre concerne l’ensemble des armes illégales, et pas uniquement celles détenues par les gangs.
Une question revient donc régulièrement : comment un pays qui ne fabrique pas d’armes à feu peut-il se retrouver avec un tel arsenal ?
Les États-Unis, au cœur des circuits d’approvisionnement
Plusieurs enquêtes de l’ONU désignent les États-Unis comme une source majeure des armes introduites clandestinement en Haïti, particulièrement depuis la Floride.
Des trafiquants achètent des armes sur le marché américain, parfois par l’intermédiaire de personnes chargées d’effectuer les achats à leur place, avant de les exporter illégalement.
Les armes sont ensuite dissimulées dans des cargaisons commerciales ou acheminées par bateau, directement vers Haïti ou en passant par d’autres territoires de la Caraïbe.
Ces réseaux ne sont pas seulement théoriques.
En août 2026, la justice américaine a annoncé qu’un homme installé en Floride, Jean Robert Casimir, avait plaidé coupable pour sa participation à un trafic d’au moins 140 armes à feu vers Haïti depuis 2020.
Les enquêteurs ont établi que des armes avaient notamment été dissimulées dans des compresseurs industriels avant d’être expédiées par bateau depuis la région de Miami.
Cette affaire illustre la manière dont des armes achetées aux États-Unis peuvent rejoindre illégalement le marché haïtien.
La CIA fournit-elle directement les gangs ?
Sur les réseaux sociaux, certains accusent les autorités américaines, et notamment la CIA, d’organiser l’armement des groupes criminels haïtiens.
Il faut cependant distinguer deux éléments.
Le fait qu’une grande partie des armes trafiquées provienne des États-Unis est documenté. En revanche, les rapports de l’ONU ne démontrent pas que la CIA fournit directement des armes aux gangs.
Les enquêtes disponibles mettent principalement en évidence des trafiquants privés, des réseaux criminels et des intermédiaires chargés d’organiser les achats et les livraisons.
Cela ne signifie pas que tous les circuits sont connus ni que toutes les responsabilités ont été établies.
Mais la provenance américaine d’une arme ne constitue pas, à elle seule, une preuve de l’implication du gouvernement américain ou de ses services de renseignement.
Des armes détournées directement en Haïti
Les trafics internationaux ne sont pas la seule source d’approvisionnement. Le rapport des experts de l’ONU de septembre 2026 documente également des armes et des munitions provenant de stocks officiels, notamment haïtiens et dominicains.
Certaines armes sont récupérées lors d’attaques contre les forces de sécurité. D’autres peuvent être volées ou détournées, parfois avec la complicité d’agents corrompus.
Les groupes armés peuvent également échanger des armes et des munitions entre eux.
L’approvisionnement des gangs repose donc sur plusieurs circuits qui se complètent : les importations clandestines, les détournements locaux et les échanges entre organisations criminelles.
La Guadeloupe, la Martinique et la Guyane également mentionnées
Le rapport des experts de l’ONU évoque aussi un réseau utilisant des messageries chiffrées pour proposer des armes à des acheteurs potentiels.
L’administrateur d’un groupe de vente utilisait un numéro de téléphone enregistré en France. Parmi les contacts identifiés figuraient des numéros enregistrés en Haïti, en République dominicaine, mais aussi en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane française.
Les autorités françaises, interrogées par les experts en 2025, ont indiqué que l’affaire faisait l’objet d’une enquête.
Il faut toutefois être précis : ces éléments ne prouvent pas que des armes ont été livrées dans les territoires français ni que ces derniers approvisionnent les gangs haïtiens.
Ils montrent en revanche que les réseaux de trafic peuvent avoir des contacts dans plusieurs territoires de la région.
Un commerce criminel particulièrement lucratif
Le trafic d’armes représente également une activité très rentable. Selon le rapport de septembre 2026, un pistolet peut se vendre entre 2 000 et 4 000 dollars sur le marché clandestin haïtien. Certains fusils semi-automatiques atteignent 5 000 à 8 000 dollars.
Ces prix élevés témoignent de la demande importante et des profits possibles pour les trafiquants.
Les gangs peuvent financer leurs achats grâce aux extorsions, aux enlèvements contre rançon et aux revenus tirés du contrôle de certaines activités économiques.
Les experts de l’ONU soulignent aussi les liens entre certains groupes armés et des acteurs politiques ou économiques, qui peuvent contribuer à leur financement ou à leur maintien.
Pourquoi l’embargo de l’ONU ne suffit-il pas ?
L’embargo interdit les transferts d’armes non autorisés, mais son application dépend des contrôles réalisés par les États.
Or, les trafiquants exploitent les failles des inspections portuaires, la circulation internationale des marchandises et les difficultés de surveillance des frontières.
Le rapport de septembre 2026 montre également que les armes et les munitions circulent par plusieurs itinéraires, rendant leur interception particulièrement difficile.
Le renouvellement des sanctions vise donc non seulement les groupes armés, mais aussi les personnes et les réseaux qui contribuent à leur approvisionnement.
Pour les Nations unies, lutter contre les gangs implique de s’attaquer à ceux qui leur vendent des armes, à ceux qui financent leurs activités et aux complicités qui permettent à ces circuits de fonctionner.







