Actualités Caraïbes : fin du TPS pour les Haïtiens, le Guyana se rapproche des États-Unis
🚨 Voici les 5 Actualités des Caraïbes à retenir cette semaine ⏳🌴
LA DOMINIQUE VEUT ATTIRER SA DIASPORA AVEC UN NOUVEAU PROGRAMME DE CITOYENNETÉ- Actu 1
La Dominique veut renforcer ses liens avec les centaines de milliers de personnes d’origine dominicaise vivant à l’étranger. Le gouvernement de Roosevelt Skerrit prépare une réforme permettant notamment aux descendants ayant au moins un grand-parent né en Dominique de demander plus facilement la citoyenneté.
Annoncée dans le cadre du budget 2026-2027, la mesure doit entrer en vigueur à partir du 1er janvier 2027, sous réserve de l’adoption de la législation nécessaire par le Parlement.
Mais derrière cette politique de rapprochement avec la diaspora se trouve un enjeu beaucoup plus large : la Dominique cherche de nouveaux leviers démographiques et économiques au moment où son très lucratif programme de citoyenneté par investissement (CBI) fait face à une pression internationale croissante.
Retrouver les descendants de Dominicains
Le principe annoncé par le gouvernement est relativement simple. Une personne disposant d’au moins un grand-parent né en Dominique pourrait demander la citoyenneté en apportant notamment la preuve de son ascendance et de son identité et en répondant aux critères prévus par la future législation.
L’objectif est de reconnecter avec le pays des familles qui ont parfois quitté la Dominique depuis deux ou trois générations.
La mesure n’est cependant pas une première dans la Caraïbe. Plusieurs États, dont la Jamaïque ou Trinité-et-Tobago, disposent déjà de mécanismes permettant d’obtenir la citoyenneté par filiation jusqu’aux grands-parents.
Ce qui distingue davantage la stratégie dominicaise est qu’elle s’intègre dans un programme beaucoup plus large de reconquête de sa diaspora.
Citoyenneté, retour au pays et télétravailleurs
Le gouvernement prévoit notamment de créer un Registre mondial des talents dominicains. Il doit permettre d’identifier les professionnels d’origine dominicaise installés à l’étranger , médecins, ingénieurs, enseignants, artistes, sportifs ou entrepreneurs et de les mettre en relation avec les besoins et opportunités existant sur l’île.
Un guichet unique pour les Dominicains souhaitant rentrer au pays doit également faciliter les démarches liées au logement, à la création d’entreprise, à la scolarisation des enfants, aux permis et aux services administratifs.
La Dominique souhaite parallèlement attirer de nouveaux résidents grâce à un visa gratuit de deux ans, baptisé « Live in Dominica », destiné notamment aux télétravailleurs, retraités et personnes financièrement indépendantes répondant aux critères du programme.
Cette stratégie répond à un problème structurel majeur. La Dominique compte environ 70 000 habitants, tandis que le gouvernement ambitionne de porter sa population résidente à 100 000 habitants d’ici 2040.
Dans un petit État marqué depuis plusieurs décennies par l’émigration vers le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada et d’autres territoires caribéens, attirer une partie de la diaspora constitue donc autant une politique démographique qu’économique.
Un autre dossier plane cependant sur cette annonce : les passeports dorés
La Dominique possède depuis 1993 l’un des plus anciens programmes de citoyenneté par investissement de la Caraïbe.
Il permet à un ressortissant étranger d’obtenir la citoyenneté dominicaise en contrepartie d’un investissement important et après les procédures de vérification prévues par le programme.
La contribution minimale au Economic Diversification Fund atteint actuellement 200 000 dollars américains pour un demandeur seul et 250 000 dollars pour un demandeur accompagné de jusqu’à trois personnes à charge. Une autre possibilité consiste à investir au moins 200 000 dollars dans un projet immobilier approuvé.
Pour la Dominique, il ne s’agit pas d’une activité marginale : le CBI constitue depuis des années l’une des principales sources de revenus de l’État et a notamment participé au financement d’infrastructures, de logements et de différents programmes publics.
Mais ce modèle est aujourd’hui sous pression.
L’Union européenne augmente la pression
Le principal risque vient aujourd’hui de l’extérieur. Les programmes de citoyenneté par investissement des petits États de la Caraïbe orientale sont depuis plusieurs années surveillés par l’Union européenne, les États-Unis et le Royaume-Uni, notamment en raison des questions de sécurité, de contrôle des demandeurs et d’utilisation de l’exemption de visa accordée aux citoyens de ces pays.
L’Union européenne a notamment renforcé son mécanisme permettant de suspendre l’exemption de visa accordée à un pays lorsque son programme de citoyenneté par investissement est considéré comme présentant certains risques.
Pour la Dominique, l’enjeu est énorme : l’un des principaux attraits de son passeport pour les investisseurs internationaux réside précisément dans la possibilité de voyager relativement facilement dans de nombreux pays.
Les États caribéens concernés ont donc commencé à renforcer et harmoniser leurs programmes : augmentation du prix minimum des investissements, amélioration du partage d’informations et des procédures de vérification, audits et coopération accrue entre gouvernements.
Les cinq États de la Caraïbe orientale disposant encore de programmes CBI :Antigua-et-Barbuda, Dominique, Grenade, Saint-Kitts-et-Nevis et Sainte-Lucie tentent désormais de défendre collectivement leur modèle auprès de leurs partenaires internationaux.
LA CONCACAF REJOINT LA FRONDE CONTRE GIANNI INFANTINO ET LA FIFA - Actu 2
Une crise majeure secoue la FIFA. Dans une lettre ouverte commune, la Concacaf, l’UEFA et la Confédération asiatique de football (AFC) accusent directement le président de la FIFA, Gianni Infantino, d’avoir rompu la confiance du football mondial par la « tromperie » autour d’un projet qui aurait ouvert une partie des activités commerciales de la Coupe du monde à des investisseurs privés. Les trois confédérations estiment désormais qu’Infantino devrait envisager de quitter ses fonctions plutôt que de briguer un nouveau mandat en mars 2027.
Pour la Caraïbe, l’affaire est loin d’être secondaire : les fédérations de la région appartiennent à la Concacaf, qui fait désormais partie des principaux opposants au président de la FIFA.
À l’origine de la crise : un projet à plusieurs milliards de dollars
Tout commence avec FIFA Forward Enterprise (FFE). Le projet prévoyait de créer une filiale contrôlée par la FIFA regroupant une partie extrêmement lucrative de ses activités : droits télévisés, sponsoring, billetterie, hospitalité, licences et exploitation commerciale de ses compétitions, notamment la Coupe du monde et la Coupe du monde des clubs.
La FIFA envisageait ensuite d’ouvrir une participation minoritaire de cette société à des investisseurs privés.
Dans sa présentation officielle, la FIFA évoquait une levée pouvant atteindre 4,2 milliards de dollars, sur la base d’une valorisation de FFE d’environ 20 milliards. Cela correspondait donc à environ 21 % du capital. La FIFA assurait qu’elle aurait conservé le contrôle de la société et que les investisseurs n’auraient obtenu aucun pouvoir sur les règles ou le format des compétitions.
Mais les conditions dans lesquelles le projet a été préparé et présenté ont déclenché une véritable levée de boucliers. Comme l’a notamment expliqué le journaliste d’investigation Romain Molina, la controverse ne porte donc pas simplement sur l’entrée d’argent privé dans le football : elle touche surtout à la gouvernance de la FIFA, à la valorisation de ses actifs et à la question de savoir jusqu’où une organisation censée appartenir à ses fédérations membres peut ouvrir ses revenus futurs à des intérêts privés.
Pourquoi la Concacaf a-t-elle dit non ?
La réaction de la Concacaf a été particulièrement forte. Ses 41 associations membres ont rejeté le projet, dénonçant notamment l’absence de procédure suffisamment transparente, des délais jugés beaucoup trop courts et le fait qu’une opération d’une telle importance n’ait pas préalablement suivi les circuits habituels de gouvernance de la FIFA.
Mais la Concacaf a surtout posé une question simple : pourquoi faire entrer des investisseurs privés alors que la FIFA dispose déjà de réserves financières considérables ?
Elle a demandé que soit étudiée la possibilité d’utiliser davantage ces ressources pour financer directement le développement du football dans ses territoires plutôt que de céder une participation dans une structure regroupant certains des actifs les plus précieux de la FIFA.
L’enjeu est particulièrement important pour les petites fédérations caribéennes, qui dépendent fortement des programmes de développement de la FIFA pour financer terrains, centres techniques, football féminin, formation ou infrastructures.
Infantino avait pourtant promis beaucoup d’argent
C’était précisément l’argument avancé par Gianni Infantino. Avec FFE, la FIFA promettait de faire passer les financements FIFA Forward prévus pour chaque fédération de 8 millions à 20 millions de dollars pour 2027-2030.
Chaque association aurait également pu accéder à 20 millions de dollars supplémentaires pour certains projets grâce à un nouveau programme « Fast Forward ». Une fédération aurait donc potentiellement pu bénéficier de 40 millions de dollars sur le cycle.
Pour une petite fédération de la Caraïbe, ces sommes sont considérables. C’est aussi ce qui rend le dossier politiquement sensible : les opposants d’Infantino craignent qu’une promesse massive de financement puisse rendre extrêmement difficile pour les petites fédérations de s’opposer au président de la FIFA.
Infantino abandonne finalement le projet
Face à la contestation, Gianni Infantino a fini par retirer FIFA Forward Enterprise. Il a expliqué avoir entendu les inquiétudes et reconnu que le projet avait provoqué des divisions incompatibles avec son objectif initial. La FIFA avait auparavant défendu son projet en affirmant que certaines informations publiées dans la presse étaient incorrectes et avaient perturbé le processus de consultation.
Mais pour ses opposants, le problème ne pouvait plus être réduit à une mauvaise communication.
C’est ce qui explique le ton exceptionnellement dur de la lettre commune de l’UEFA, de l’AFC et de la Concacaf : selon elles, il ne s’agit pas simplement d’une maladresse, mais d’une « erreur de jugement » et d’une rupture de confiance.
Une véritable bataille pour le contrôle de la FIFA
La crise dépasse désormais largement FFE. L’UEFA, la Concacaf et l’AFC représentent ensemble une part considérable des 211 fédérations membres de la FIFA. Des discussions autour de compétitions alternatives auraient même commencé à émerger dans le contexte de cette confrontation.
Mais Gianni Infantino est loin d’être isolé. Plusieurs fédérations continuent de le soutenir publiquement. Ce 13 août, notamment, les fédérations du Qatar, du Maroc, d’Égypte, du Liban, du Soudan et de Mauritanie ont réaffirmé leur confiance dans le président de la FIFA.
La crise révèle donc une véritable fracture au sein du football mondial.
Et la Concacaf pourrait avoir son propre candidat
Un autre élément rend la position de la Concacaf particulièrement intéressante : son président, le Canadien Victor Montagliani, est cité parmi les personnalités susceptibles de se présenter contre Infantino lors de la prochaine élection.
Aucune candidature n’est encore officielle et il faut donc rester prudent : on ne peut pas réduire l’opposition de la Concacaf à une simple stratégie électorale.
Mais il est impossible d’ignorer cette dimension. Si Montagliani se présentait, la bataille autour de FFE pourrait devenir le point de départ d’une campagne beaucoup plus large sur la gouvernance de la FIFA et, potentiellement, d’une tentative de la Concacaf de prendre pour la première fois la tête du football mondial.
Pour les fédérations caribéennes, le choix pourrait alors devenir particulièrement délicat : rester fidèles à une FIFA qui leur apporte des financements essentiels ou suivre leur propre confédération dans une contestation ouverte de Gianni Infantino.
Plus de dix ans après le gigantesque scandale de corruption de 2015, qui avait notamment emporté Sepp Blatter et profondément ébranlé le football caribéen avec l’affaire Jack Warner, la gouvernance de la FIFA revient donc au centre de l’actualité.
Cette fois, la question n’est plus seulement celle du projet FFE, désormais abandonné. C’est l’avenir de Gianni Infantino à la tête de la FIFA qui commence à être ouvertement posé.
LES ÉTATS-UNIS FONT DU GUYANA UN PARTENAIRE STRATÉGIQUE MAJEUR - Actu 3
Le rapprochement entre les États-Unis et le Guyana continue de s’accélérer. Christopher Landau, numéro deux de la diplomatie américaine, s’est rendu au Guyana dans le cadre d’une tournée régionale du 9 au 12 août 2026. À Georgetown, il a rencontré le président Irfaan Ali et plusieurs responsables gouvernementaux avec un message clair : Washington considère désormais le Guyana comme « un partenaire stratégique clé » et souhaite approfondir rapidement ses relations économiques et sécuritaires avec le pays.
Cette évolution n’est évidemment pas étrangère à la transformation spectaculaire du Guyana depuis la découverte de gigantesques réserves de pétrole au large de ses côtes. Le bloc Stabroek produit aujourd’hui plus de 900 000 barils par jour, tandis que de nouveaux projets doivent entrer en production en 2027. Le Guyana est ainsi en train de devenir l’un des principaux nouveaux producteurs pétroliers du continent américain.
Mais les États-Unis regardent désormais au-delà du pétrole. Les discussions entre Landau et Irfaan Ali ont porté sur l’augmentation des investissements américains dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’énergie, les infrastructures et les minerais critiques. Ces derniers sont devenus particulièrement importants dans la compétition économique mondiale, car ils sont indispensables aux batteries, aux technologies numériques, aux équipements militaires et à la transition énergétique.
Cette stratégie doit aussi être replacée dans le contexte de la rivalité croissante entre Washington et Pékin dans la Caraïbe et en Amérique du Sud. La Chine est déjà très présente au Guyana à travers les infrastructures, le commerce et surtout CNOOC, qui détient une participation dans le consortium pétrolier du bloc Stabroek. Pour les États-Unis, renforcer leur présence économique permet donc également d’éviter qu’un pays devenu aussi stratégique énergétiquement ne se rapproche excessivement de Pékin.
Un nouvel accord sécuritaire
La visite de Christopher Landau a également débouché sur un nouveau mémorandum de coopération en matière de sécurité et de lutte contre le narcotrafic, signé avec le ministre guyanais des Affaires étrangères Hugh Todd.
Il vient compléter l’accord de coopération sécuritaire conclu entre les deux pays en mars 2025. Washington prévoit notamment 2 millions de dollars américains supplémentaires pour développer les capacités guyanaises de surveillance de l’espace aérien et l’utilisation de systèmes aériens sans pilote.
Les deux pays veulent également intensifier leur coopération contre les réseaux criminels et le trafic de drogue. Le Guyana se situe à proximité de routes utilisées pour transporter la cocaïne depuis l’Amérique du Sud vers les Caraïbes, l’Amérique du Nord et l’Europe.
Mais la sécurité du Guyana comporte également une dimension géopolitique majeure : le différend territorial avec le Venezuela autour de l’Essequibo, région représentant environ les deux tiers du territoire guyanais. Ces dernières années, Washington a considérablement renforcé sa coopération militaire avec Georgetown dans un contexte de tensions avec Caracas.
TRINIDAD ET TOBAGO RENFORCE SA COOPÉRATION AVEC LE NOUVEAU COMMANDEMENT MILITAIRE AMÉRICAIN DANS LA CARAÏBE - Actu 4
Les relations militaires entre les États-Unis et Trinité-et-Tobago franchissent une nouvelle étape. Le commandement militaire américain pour l’Amérique latine et la Caraïbe, SOUTHCOM, a activé début août une nouvelle structure, la Joint Task Force Western Hemisphere (JTF-WHEM), destinée à coordonner les opérations américaines avec plusieurs pays partenaires contre les cartels et les organisations criminelles transnationales.
Et parmi les partenaires explicitement cités figure Trinidad et Tobago.
Selon l’ambassade américaine à Port-of-Spain, cette nouvelle force doit permettre de renforcer la coopération avec le pays afin de « perturber les réseaux criminels » et de sécuriser les principales routes maritimes de la Caraïbe. Washington présente Trinité-et-Tobago comme un partenaire régional important de sa stratégie contre le narcotrafic.
Le sujet est particulièrement sensible en raison de la position géographique du pays. Situé à quelques kilomètres seulement des côtes vénézuéliennes, Trinité-et-Tobago se trouve à proximité de plusieurs routes utilisées pour faire transiter la cocaïne sud-américaine vers la Caraïbe, l’Amérique du Nord et l’Europe.
Mais cette annonce suscite aussi des interrogations dans le pays, notamment parce que les premières informations détaillées sur la participation trinidadienne sont venues des autorités américaines plutôt que du gouvernement de Port-of-Spain. Le Trinidad and Tobago Guardian rapporte que des sources américaines ont confirmé la participation de la Trinidad and Tobago Defence Force à cette nouvelle structure.
La question est donc de savoir ce que recouvre exactement cette coopération : partage de renseignements, surveillance maritime, formation, opérations conjointes, utilisation d’infrastructures trinidadiennes ou participation plus directe à certaines opérations américaines.
Un rapprochement qui ne commence pas aujourd’hui
Cette annonce s’inscrit en réalité dans un rapprochement sécuritaire beaucoup plus large engagé depuis 2025.
Trinidad a soutenu la stratégie américaine de lutte contre les organisations qualifiées de « narcoterroristes » par Washington. Un rapport officiel américain remis au Congrès indique d’ailleurs que le pays faisait partie des gouvernements de la région ayant publiquement réagi favorablement aux opérations américaines contre des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue.
Le territoire trinidadien a également pris une importance stratégique pendant la confrontation entre Washington et Caracas. Des militaires américains ont mené des exercices avec les forces trinidadiennes, un système radar américain a été installé à Tobago et les autorités avaient autorisé l’utilisation de leurs aéroports pour certaines opérations militaires américaines présentées comme logistiques.
Cette proximité géographique avec le Venezuela rend donc toute intensification de la présence américaine particulièrement politique.
La lutte contre les cartels… mais pas seulement
Officiellement, Washington place cette nouvelle force dans le cadre de sa guerre contre les cartels et le narcotrafic.
Mais la doctrine affichée par SOUTHCOM est plus large. Parmi ses priorités figurent désormais à la fois la lutte contre les cartels et organisations considérées comme terroristes et la volonté d’empêcher les puissances rivales d’acquérir une influence jugée excessive dans l’hémisphère occidental.
Autrement dit, derrière la sécurité se trouve aussi une véritable stratégie géopolitique américaine dans la Caraïbe.
La région est redevenue un espace stratégique pour Washington, entre les routes du narcotrafic, le Venezuela, les ressources énergétiques du Guyana et du Suriname et la présence économique croissante de la Chine.
Trinidad et-Tobago occupe dans cette stratégie une position particulièrement intéressante : l’archipel est situé à l’entrée méridionale de la Caraïbe, possède une importante industrie énergétique et se trouve quasiment face au Venezuela.
LE STATUT DE PROTECTION TEMPORAIRE PREND FIN POUR DES CENTAINES DE MILLIERS D’HAÏTIENS AUX ÉTATS-UNIS - Actu 5
Après plusieurs mois de bataille judiciaire, environ 350 000 Haïtiens ont perdu début août la protection que leur accordait le Temporary Protected Status (TPS) aux États-Unis. La décision constitue l’un des volets les plus importants du durcissement de la politique migratoire engagé par l’administration de Donald Trump et place désormais des centaines de milliers de personnes dans une situation juridique extrêmement précaire.
Le TPS est un dispositif créé par le Congrès américain en 1990. Il permet aux ressortissants de pays frappés par une guerre, une catastrophe naturelle ou d’autres circonstances extraordinaires rendant un retour dangereux de résider et de travailler légalement aux États-Unis et d’être temporairement protégés contre l’expulsion. Il ne constitue cependant ni un titre de séjour permanent ni une voie automatique vers la citoyenneté.
Pour Haïti, cette protection avait été accordée pour la première fois après le séisme dévastateur de janvier 2010, avant d’être renouvelée et élargie à plusieurs reprises en raison de l’instabilité politique, des catastrophes naturelles et de la dégradation de la situation sécuritaire.
Une longue bataille jusqu’à la Cour suprême
L’administration Trump avait décidé de mettre fin au TPS haïtien, mais plusieurs recours avaient temporairement empêché l’application de cette décision. Le dossier est finalement arrivé devant la Cour suprême.
Le 25 juin 2026, celle-ci a permis à l’administration de procéder à la suppression de la protection accordée aux Haïtiens. Cette décision a considérablement réduit la possibilité pour les juridictions inférieures de bloquer la politique du gouvernement fédéral en matière de TPS.
Le département de la Sécurité intérieure estimait à 348 187 le nombre de ressortissants haïtiens bénéficiant du dispositif au moment où il a engagé sa suppression.
La conséquence est importante : perdre le TPS ne signifie pas automatiquement être expulsé le lendemain, car certains bénéficiaires disposent d’un autre statut, d’une demande d’asile ou d’une autre procédure migratoire en cours. Mais pour ceux dont le TPS constituait la seule base légale de présence aux États-Unis, la protection contre l’expulsion et l’autorisation de travail qui y était attachée disparaissent.
Dans l’Ohio, certains Haïtiens placés sous surveillance électronique
Les premières conséquences sont déjà visibles. Dans l’Ohio, et notamment autour de Springfield, où plusieurs milliers d’Haïtiens se sont installés ces dernières années, des avocats rapportent que des personnes ayant perdu leur TPS sont convoquées par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE).
Certaines ne sont pas placées en centre de détention mais repartent avec un dispositif électronique permettant aux autorités de suivre leurs déplacements, dans l’attente de la décision d’un juge de l’immigration. Le recours à ces dispositifs intervient notamment dans un contexte de capacités de détention limitées face au nombre considérable de personnes potentiellement concernées.
Springfield est devenue particulièrement symbolique. La communauté haïtienne y occupe désormais une place importante dans l’économie locale, notamment dans l’industrie et les services. Elle avait également été propulsée au centre de la campagne présidentielle américaine de 2024 après la diffusion d’affirmations mensongères sur les migrants haïtiens, reprises notamment par Donald Trump.
Des conséquences économiques des deux côtés de la mer des Caraïbes
La fin du TPS dépasse donc largement la question des expulsions.
Certains bénéficiaires vivent aux États-Unis depuis de nombreuses années. Ils travaillent, paient des impôts, ont parfois créé des entreprises et peuvent avoir des enfants américains. La perte de leur autorisation de travail peut ainsi affecter directement les entreprises qui les emploient et les économies locales dans lesquelles ils se sont installés.
Mais Haïti pourrait également en ressentir les conséquences.
La diaspora constitue l’un des principaux soutiens économiques du pays grâce aux transferts d’argent envoyés aux familles. Une diminution des revenus des travailleurs haïtiens aux États-Unis, combinée à d’éventuelles expulsions, pourrait donc réduire une source essentielle de revenus pour de nombreux ménages.
S’y ajoute une question particulièrement sensible : vers quel Haïti ces personnes seraient-elles renvoyées ?
Le pays reste confronté à une crise sécuritaire et humanitaire majeure, avec une grande partie de Port-au-Prince sous l’influence de groupes armés et des centaines de milliers de déplacés. C’est l’un des principaux arguments avancés par les associations opposées à la suppression du TPS : elles considèrent que les conditions ayant justifié cette protection sont loin d’avoir disparu.
Les Haïtiens ne sont pas les seuls concernés
L’importance de la communauté haïtienne explique pourquoi elle concentre une grande partie de l’attention médiatique, mais le démantèlement du TPS touche beaucoup plus largement les populations originaires de la Caraïbe, d’Amérique centrale et d’autres régions du monde.
Les protections concernant les ressortissants du Venezuela ont ainsi été fortement remises en cause, avec plusieurs centaines de milliers de personnes concernées. Le TPS a également été supprimé pour le Honduras et le Nicaragua, deux pays d’Amérique centrale étroitement liés à l’espace caribéen, ainsi que pour plusieurs pays d’Afrique et d’Asie. Le Salvador reste, à ce stade, parmi les grandes populations bénéficiant encore d’une désignation active.
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