MOBILISATIONS LYCÉENNES AUX ANTILLES-GUYANE : LES ÉLÈVES DÉNONCENT LEURS CONDITIONS D’ÉTUDE- ACTU 1
Depuis plusieurs jours, un mouvement de contestation lycéenne touche la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane, dans le prolongement des mobilisations organisées dans l’Hexagone.
Blocages d’établissements, rassemblements et manifestations : les élèves dénoncent notamment des journées scolaires trop longues, le manque de moyens et des conditions d’apprentissage qu’ils jugent parfois inadaptées.
Mais dans les territoires ultramarins, les revendications prennent aussi une dimension particulière, notamment en raison de la chaleur dans les salles de classe, de l’état de certains bâtiments et des difficultés de transport.
Un mouvement parti de l’Hexagone, avec des revendications locales
Dans l’Hexagone, plusieurs centaines de lycées ont été touchés par des blocages et des perturbations au début du mois d’octobre.
Les élèves mobilisés dénoncent notamment les rythmes scolaires, les conditions d’étude, le manque de moyens et certaines orientations du système éducatif.
Aux Antilles-Guyane, ces revendications trouvent un écho particulier.
En Guadeloupe, plusieurs établissements ont été bloqués ou perturbés, notamment aux Abymes, à Sainte-Anne, à Morne-à-l’Eau et à Petit-Bourg.
Des lycéens dénoncent la chaleur dans les salles, l’absence de ventilateurs ou de climatisation et le manque de rénovation de certains bâtiments. Plusieurs évoquent également des journées qui commencent vers 7 heures et se terminent à 17 heures.
En Martinique, les élèves pointent des emplois du temps particulièrement contraignants, avec des réveils parfois dès 5 heures du matin, de longues interruptions entre les cours et des retours au domicile en début de soirée.
Le 2 octobre, le rectorat recensait douze tentatives de blocage et neuf établissements fortement perturbés.
En Guyane, les revendications concernent également le manque de personnel, la précarité, l’insalubrité de certains établissements et les questions de sécurité. Des organisations de parents d’élèves et plusieurs syndicats enseignants ont apporté leur soutien au mouvement.
Des tensions et plusieurs interpellations
Si de nombreux rassemblements se sont déroulés sans incident, certaines mobilisations ont été marquées par des affrontements avec les forces de l’ordre.
En Martinique, onze personnes, dont sept mineurs, ont été interpellées le 2 octobre à Fort-de-France et à Trinité.
La préfecture a signalé des jets de projectiles, des dégradations, des incendies de véhicules et quatre policiers blessés. Elle affirme que les interventions visaient à protéger les personnes et les établissements.
En Guyane, une dizaine de jeunes ont également été interpellés les 5 et 6 octobre, notamment pour des faits présumés de violences, de dégradations ou de détention d’objets dangereux.
Ces événements ont conduit les autorités à appeler au calme, tout en rappelant que les revendications des élèves pouvaient s’exprimer dans un cadre pacifique.
Une vidéo d’interpellation en Guadeloupe provoque l’indignation
C’est surtout une intervention filmée au Moule, en Guadeloupe, le 6 octobre, qui a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.
Sur les images largement partagées, plusieurs gendarmes interviennent sur un jeune homme au sol. La séquence a provoqué une vague d’indignation et des interrogations sur les conditions de son interpellation.
Selon les informations rapportées par RCI, des projectiles auraient été lancés en direction des forces de l’ordre lors des tensions, ainsi que des bouteilles contenant un produit présenté comme de l’acide.
Mais ces éléments ne permettent pas, à eux seuls, d’établir précisément les circonstances de l’interpellation filmée ni de déterminer si la force employée était proportionnée.
Plusieurs responsables associatifs et politiques ont dénoncé les images ou demandé des explications, tandis que d’autres ont appelé à l’apaisement.
Le président du Conseil départemental de Guadeloupe, Guy Losbar, a notamment rappelé le droit des lycéens à manifester tout en condamnant les violences et en s’interrogeant sur les conditions de certaines interventions.
HAÏTI REPORTE SES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLE ET LÉGISLATIVES SANS NOUVELLE DATE - ACTU 2
Haïti devra encore attendre avant de pouvoir élire un nouveau président et renouveler son Parlement.
Le 6 octobre 2026, le Conseil électoral provisoire (CEP) a annoncé une révision du calendrier électoral, compromettant la tenue des élections présidentielle et législatives initialement prévues le 13 décembre 2026. Aucune nouvelle date de scrutin n’a été communiquée.
Cette annonce intervient dans un pays qui n’a plus organisé d’élections nationales depuis 2016. Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, aucun nouveau chef de l’État n’a été élu.
Pourquoi les élections sont-elles reportées ?
La première concerne l’organisation du scrutin. Les autorités haïtiennes ont engagé des modifications du cadre électoral, obligeant le Conseil électoral provisoire à revoir certaines étapes de son calendrier, notamment l’enregistrement des candidats et la période de campagne. Mais le principal obstacle reste l’insécurité.
Les groupes armés exercent une forte emprise sur une grande partie de Port-au-Prince et sur plusieurs axes routiers stratégiques. Les violences ont également provoqué le déplacement d’environ 1,5 million de personnes, compliquant considérablement l’organisation d’élections nationales.
Dans ces conditions, plusieurs questions se posent : comment installer des bureaux de vote dans les quartiers contrôlés par les gangs ? Comment permettre aux personnes déplacées de voter ? Et comment garantir la sécurité des électeurs, des candidats et du personnel électoral ?
Ces difficultés rendent particulièrement complexe l’organisation d’un scrutin libre et accessible à l’ensemble de la population.
Un calendrier électoral déjà très incertain
Le report n’est pas totalement une surprise. Lorsque le calendrier électoral avait été présenté en juillet, les autorités avaient déjà précisé que sa réalisation dépendrait notamment de l’amélioration des conditions de sécurité et de la disponibilité des financements nécessaires.
Les préparatifs avaient également pris du retard, particulièrement concernant l’inscription des électeurs.
Pourquoi ce report est-il préoccupant ?
Parce qu’Haïti traverse une crise institutionnelle qui dure depuis plusieurs années.
Depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, le pays fonctionne sans président élu. Il ne dispose plus non plus d’un Parlement en exercice, faute d’élections permettant de renouveler ses membres.
Le pouvoir est aujourd’hui exercé par des autorités de transition, dont la légitimité ne repose pas sur un mandat directement obtenu par les urnes.
Pour certains observateurs, organiser des élections dans les conditions actuelles risquerait de produire un scrutin peu représentatif, notamment si une partie importante de la population ne peut pas se déplacer ou accéder aux bureaux de vote.
Mais à l’inverse, repousser continuellement les élections risque de prolonger une transition politique déjà très longue, sans garantir que les conditions seront réellement meilleures dans quelques mois.
C’est tout le dilemme auquel Haïti est confronté : organiser rapidement des élections malgré l’insécurité, ou attendre une amélioration de la situation au risque de repousser encore davantage le retour à des institutions élues.
Quel rôle pour la force internationale contre les gangs ?
Ce report intervient quelques jours après la décision du Conseil de sécurité de l’ONU de prolonger jusqu’au 31 mars 2027 le mandat de la Force de répression des gangs.
Cette force internationale doit soutenir la Police nationale et les Forces armées d’Haïti dans leurs opérations contre les groupes armés.
Mais son déploiement reste progressif et ses effectifs demeurent inférieurs aux objectifs annoncés.
L’amélioration de la sécurité sera donc déterminante pour permettre la tenue des prochaines élections. Elle ne suffira cependant pas à elle seule : les autorités devront également actualiser les listes électorales, organiser les opérations de vote et garantir un minimum de confiance dans le processus.
SAINTE-LUCIE ACCÉLÈRE SON PROJET GÉOTHERMIQUE POUR RÉDUIRE SA DÉPENDANCE AU PÉTROLE-ACTU 3
Sainte-Lucie veut utiliser son activité volcanique pour produire une électricité moins dépendante des carburants importés.
Le gouvernement saint-lucien a annoncé de nouvelles avancées dans son projet de développement de l’énergie géothermique, notamment dans les secteurs de Saltibus, Fond St. Jacques et Belle Plaine, situés dans le sud de l’île.
Soutenu financièrement par la Banque mondiale, ce programme vise à exploiter la chaleur naturellement présente dans le sous-sol volcanique pour produire de l’électricité.
Le ministre des Services publics, Keithson Charles, a indiqué que le projet avait atteint un stade avancé de préparation. Les autorités travaillent désormais à l’aménagement des accès et à l’organisation des futurs forages exploratoires.
Trois puits sont prévus, à des profondeurs pouvant atteindre 1 800 mètres. Ils permettront notamment de déterminer si les ressources souterraines sont suffisamment importantes et exploitables pour alimenter une future centrale électrique.
Pourquoi la géothermie intéresse-t-elle autant Sainte-Lucie ?
Comme plusieurs petites îles de la Caraïbe, Sainte-Lucie dépend fortement des combustibles fossiles importés pour produire son électricité.
Cette dépendance rend le pays particulièrement vulnérable aux fluctuations internationales des prix du pétrole et aux coûts du transport maritime.
La géothermie pourrait changer une partie de cette situation.
Contrairement à l’énergie solaire ou éolienne, dont la production varie selon l’ensoleillement ou le vent, une centrale géothermique peut produire de l’électricité de manière continue, à condition de disposer d’une ressource souterraine suffisante.
Pour Sainte-Lucie, l’objectif est donc double : réduire ses importations de carburants et rendre son système électrique moins vulnérable aux chocs pétroliers.
Cela pourrait également contribuer à stabiliser les coûts de production sur le long terme, même si une baisse immédiate des factures des consommateurs n’est pas garantie.
La Dominique et la Guadeloupe montrent deux étapes différentes
Sainte-Lucie n’est pas la seule île volcanique de la Caraïbe à vouloir exploiter cette ressource.
En Guadeloupe, la géothermie est déjà une réalité. La centrale de Bouillante, sur la côte ouest de Basse-Terre, exploite depuis plusieurs décennies la chaleur du sous-sol pour produire de l’électricité.
Elle constitue l’une des principales références de la géothermie électrique dans la Caraïbe et démontre qu’une ressource volcanique peut être transformée en production énergétique régulière.
La Dominique suit également cette voie, avec un projet géothermique développé dans la vallée de Roseau, près de Laudat.
Le pays ambitionne de remplacer une partie importante de sa production électrique issue du diesel par une énergie produite localement. À plus long terme, les autorités dominicaines envisagent même d’exporter de l’électricité vers les îles voisines, notamment la Guadeloupe et la Martinique, grâce à des câbles sous-marins.
Ces trois territoires illustrent ainsi différentes étapes d’une même stratégie : la Guadeloupe exploite déjà la géothermie, la Dominique développe sa capacité de production et Sainte-Lucie cherche à confirmer le potentiel de ses ressources souterraines.
Un projet qui soulève aussi des questions locales
L’exploitation de la géothermie ne se limite cependant pas aux avantages énergétiques.
À Sainte-Lucie, les préparatifs ont nécessité le déplacement de deux familles, pour lesquelles des logements de remplacement sont en construction.
Les futurs forages devront également faire l’objet de précautions environnementales et techniques, notamment concernant les eaux souterraines, les émissions de gaz naturellement présents dans le sous-sol et la gestion des fluides géothermiques.
Il faut aussi rappeler que les forages restent une phase d’exploration : leur réalisation ne garantit pas encore la construction d’une centrale rentable. Les résultats permettront de déterminer la température, le débit et la capacité de production réellement disponibles.
Vers une Caraïbe moins dépendante des carburants importés ?
L’intérêt de ce projet dépasse finalement Sainte-Lucie.
Dans une région où de nombreuses îles importent une grande partie de leur énergie, les ressources volcaniques représentent une possibilité de produire davantage d’électricité localement.
UN PUISSANT EL NIÑO POURRAIT AGGRAVER LA SÉCHERESSE DANS LA CARAÏBE - ACTU 4
La Caraïbe pourrait connaître plusieurs mois particulièrement difficiles sur le plan climatique.
Dans son dernier bulletin publié le 6 octobre 2026, le Caribbean Climate Outlook Forum (CariCOF), organisme régional de prévisions climatiques basé à la Barbade, alerte sur les conséquences d’un épisode El Niño potentiellement très puissant entre octobre et décembre 2026.
Les spécialistes anticipent une aggravation possible de la sécheresse dans certaines îles, des épisodes de chaleur humide particulièrement éprouvants et une diminution de la fréquence des pluies.
Qu’est-ce qu’El Niño et pourquoi touche-t-il la Caraïbe ?
El Niño est un phénomène climatique naturel qui apparaît lorsque les eaux de surface du Pacifique équatorial deviennent anormalement chaudes.
Ce réchauffement modifie la circulation atmosphérique à grande échelle et influence les précipitations dans plusieurs régions du monde, y compris dans la Caraïbe, pourtant située à plusieurs milliers de kilomètres.
Lors des épisodes puissants, les conditions deviennent souvent plus sèches dans certaines parties de la Caraïbe, tandis que les températures peuvent augmenter.
Selon les dernières prévisions de l’Organisation météorologique mondiale, El Niño pourrait atteindre son maximum d’intensité vers décembre 2026 et persister jusqu’au début de l’année 2027.
Quelles îles pourraient être concernées ?
Le CariCOF attire particulièrement l’attention sur les Petites Antilles et les Guyanes, où la sécheresse et les fortes chaleurs pourraient devenir plus préoccupantes.
Dans les Guyanes, la chaleur humide devrait atteindre un pic en octobre. Dans les Petites Antilles, elle pourrait persister davantage et provoquer des vagues de chaleur.
Cette situation est particulièrement préoccupante car plusieurs territoires ont déjà connu des déficits de précipitations et des tensions sur leurs ressources en eau au cours des derniers mois.
La Martinique, la Guadeloupe, Sainte-Lucie ou encore la Barbade font partie des territoires où une prolongation des conditions sèches pourrait accentuer les difficultés existantes.
Cependant, toutes les îles ne seront pas touchées de la même manière. Les prévisions régionales indiquent des tendances générales, mais ne permettent pas d’affirmer que chaque territoire connaîtra une sécheresse sévère.
Des conséquences sur l’eau, l’agriculture et la vie quotidienne
L’enjeu dépasse largement les températures. Une sécheresse prolongée peut réduire le niveau des rivières et des réservoirs, limiter les ressources disponibles pour l’eau potable et conduire à des restrictions de consommation.
L’agriculture est également particulièrement exposée. Le manque d’eau peut affecter les cultures vivrières, les productions maraîchères et les élevages.
Dans des territoires déjà confrontés à une forte dépendance aux importations alimentaires, une baisse de la production agricole locale pourrait accentuer certaines tensions sur les prix des produits alimentaires.
Les fortes chaleurs peuvent également peser sur la santé des personnes vulnérables, les conditions de travail et les besoins en climatisation.
Moins d’ouragans ne signifie pas moins de dangers
El Niño a généralement tendance à limiter l’activité cyclonique dans l’Atlantique en favorisant des conditions atmosphériques moins propices à la formation et au développement des tempêtes.
Mais cela ne signifie pas que la Caraïbe est protégée des catastrophes naturelles.
Le CariCOF souligne que le risque d’inondations et de crues soudaines reste élevé à extrêmement élevé dans une grande partie de la région, malgré une fréquence potentiellement plus faible des épisodes pluvieux.
Autrement dit, un territoire peut connaître plusieurs semaines de sécheresse, puis subir des pluies très intenses en peu de temps.
Les spécialistes signalent également un risque de blanchissement des récifs coralliens, notamment autour des Bahamas et des Grandes Antilles, en raison des températures marines élevées.
Une inquiétude qui pourrait se prolonger jusqu’en 2027
L’autre élément préoccupant concerne la durée possible du phénomène. Les prévisions climatiques suggèrent qu’El Niño pourrait persister pendant une partie de la saison sèche caribéenne, qui s’étend généralement de la fin de l’année au printemps suivant.
Si les pluies sont insuffisantes au cours des prochains mois, certaines îles pourraient donc aborder la saison sèche de 2027 avec des réserves d’eau déjà fragilisées.
Pour les gouvernements caribéens, l’enjeu sera d’anticiper les besoins en eau, de soutenir les agriculteurs et de préparer les populations aux épisodes de chaleur.
CHLORDÉCONE : POURQUOI L’ÉTAT CONTESTE-T-IL L’INDEMNISATION D’OUVRIERS AGRICOLES ? - ACTU 5
C’est une nouvelle décision qui suscite l’incompréhension dans le dossier du chlordécone aux Antilles.
Alors que l’État français a officiellement reconnu sa responsabilité dans la contamination de la Guadeloupe et de la Martinique, le gouvernement maintient un recours en justice contre une décision qui lui impose d’indemniser des travailleurs agricoles exposés à ce pesticide toxique.
Dans un courrier daté du 29 septembre 2026 et rendu public début octobre, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, explique les raisons de cette démarche.
Mais pour les victimes et leurs avocats, cette position révèle une contradiction : comment l’État peut-il reconnaître sa responsabilité tout en contestant devant la justice certaines conséquences de cette responsabilité ?
Pourquoi le chlordécone reste-t-il un scandale majeur aux Antilles ?
Le chlordécone est un insecticide qui a été massivement utilisé dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique pour lutter contre le charançon du bananier.
Son utilisation a été autorisée aux Antilles françaises jusqu’en 1993, alors que sa toxicité et sa persistance dans l’environnement suscitaient déjà de sérieuses inquiétudes.
Le produit a durablement contaminé les sols, certaines eaux et des productions alimentaires. Il peut rester présent dans l’environnement pendant plusieurs siècles.
Les populations antillaises ont ainsi été exposées à cette substance, notamment par l’alimentation. Les ouvriers agricoles, qui manipulaient ou travaillaient à proximité du pesticide, ont pu subir des expositions particulièrement importantes.
Le chlordécone est notamment associé à une augmentation du risque de cancer de la prostate.
Que s’est-il passé devant la justice ?
Le 11 mars 2025, la cour administrative d’appel de Paris a rendu une décision importante dans le dossier.
Elle a reconnu la responsabilité de l’État dans le préjudice d’anxiété subi par certains anciens travailleurs agricoles exposés au chlordécone et a ordonné leur indemnisation.
Le préjudice d’anxiété correspond à la souffrance psychologique liée à la crainte de développer une maladie grave après avoir été exposé à une substance dangereuse.
Il n’est donc pas nécessairement question d’indemniser uniquement des personnes déjà atteintes d’un cancer, mais aussi des travailleurs qui vivent avec l’inquiétude de développer une maladie en raison de leur exposition professionnelle.
Après cette décision, l’État a formé un pourvoi devant le Conseil d’État, la plus haute juridiction de l’ordre administratif.
Ce recours ne constitue pas un nouveau procès complet : il vise principalement à vérifier si la cour d’appel a correctement appliqué le droit.
Pourquoi le gouvernement maintient-il son recours ?
Dans sa lettre, Annie Genevard affirme que l’État ne remet pas en cause sa faute concernant l’autorisation du chlordécone.
En revanche, le gouvernement conteste certains raisonnements retenus par la cour administrative d’appel.
Il remet notamment en question l’étendue de la responsabilité de l’État concernant la récupération des stocks de pesticides après leur interdiction, ainsi que ses obligations d’information et de protection des populations.
La ministre soutient que les autorités ont progressivement adapté leurs mesures de protection à l’évolution des connaissances scientifiques et à la prise de conscience des risques.
Autrement dit, le gouvernement ne nie pas la responsabilité historique de l’État, mais cherche à faire préciser juridiquement jusqu’où cette responsabilité peut être engagée et pour quelles fautes.
Annie Genevard affirme également que ce recours ne remet pas en cause l’objectif d’indemniser les victimes, notamment à travers les dispositifs prévus par la législation.
Pourquoi cette position peut-elle choquer ?
Pour les victimes, la distinction entre reconnaître une faute et contester son étendue peut sembler difficile à accepter.
D’un côté, l’État reconnaît avoir autorisé l’utilisation d’un pesticide dangereux, dont les conséquences sanitaires et environnementales continuent de toucher les Antilles.
De l’autre, il poursuit une bataille judiciaire susceptible de retarder ou de remettre en discussion certaines indemnisations.
L’avocat Christophe Lèguevaques, qui représente près de 1 300 personnes dans ce contentieux, dénonce cette situation. Il avait demandé au gouvernement d’abandonner son recours après l’adoption de la loi de juin 2026.
La ministre a refusé. Cette décision peut donc donner aux victimes le sentiment de devoir continuer à se battre contre l’État pour obtenir réparation, alors même que sa responsabilité a été publiquement reconnue.







