BILLETS D’AVION : JIOVANNY WILLIAM PROPOSE 14 MESURES POUR FAIRE BAISSER LES PRIX EN OUTRE-MER - ACTU 1
+45 % depuis 2019. C’est la hausse du prix des billets d’avion vers les Outre-mer mise en avant dans le rapport que le député martiniquais Jiovanny William doit remettre ce jeudi 24 septembre à la ministre des Outre-mer.
Après six mois d’auditions et de consultations, le député de la première circonscription de Martinique présente 14 recommandations destinées à agir sur la fiscalité, les aides à la mobilité, la tarification des compagnies aériennes et la continuité territoriale.
Le sujet est particulièrement sensible dans les territoires ultramarins : contrairement à l’Hexagone, où le train ou la voiture peuvent constituer des alternatives pour de nombreux déplacements, l’avion reste indispensable pour rejoindre l’Hexagone mais aussi, dans certains cas, pour circuler entre territoires voisins.
Pour les étudiants, les familles séparées entre plusieurs territoires, les déplacements professionnels ou les urgences familiales, le prix du billet devient donc une question de mobilité mais aussi d’égalité territoriale.
45 % d’augmentation depuis 2019
Selon les éléments présentés par Jiovanny William, les tarifs aériens vers les Outre-mer auraient progressé d’environ 45 % depuis 2019.
Plusieurs facteurs peuvent contribuer au prix final : carburant, coûts d’exploitation des compagnies, niveau de concurrence, saisonnalité, fiscalité et système de tarification dynamique.
Mais le député estime qu’une partie du problème dépend directement de décisions sur lesquelles l’État peut intervenir.
187 millions pour la Corse, 67 millions pour les Outre-mer
L’une des comparaisons les plus marquantes du rapport concerne la continuité territoriale.
Son principe consiste à réduire les conséquences de l’éloignement géographique pour permettre aux habitants d’accéder plus facilement au reste du territoire national.
Selon les chiffres avancés dans le rapport, environ 187 millions d’euros par an sont consacrés à la continuité territoriale de la Corse, qui compte environ 360 000 habitants.
Les aides à la mobilité gérées par LADOM représenteraient de leur côté 67 millions d’euros pour environ 2,8 millions d’habitants des Outre-mer.
Rapportés à la population, cela représenterait environ 519 euros par habitant en Corse contre 24 euros par habitant dans les Outre-mer.
La comparaison doit néanmoins être comprise avec prudence : les dispositifs corses et ultramarins ne financent pas exactement les mêmes choses et ne fonctionnent pas selon les mêmes mécanismes. Elle est utilisée par Jiovanny William pour illustrer ce qu’il considère comme une différence de traitement de la continuité territoriale.
Jusqu’à 45 % du billet en taxes et redevances sur certaines liaisons
Deuxième problème identifié : la fiscalité aérienne.
Jiovanny William estime que, sur certaines liaisons régionales, taxes et redevances peuvent représenter près de 45 % du prix du billet, contre environ 35 % sur certaines liaisons transatlantiques.
Le rapport prend l’exemple d’un aller-retour Guadeloupe-Martinique vendu 199 euros, dont environ 90 euros correspondraient à des taxes et redevances.
Le député conteste notamment le fait que les passagers ultramarins participent, via certaines contributions nationales, au financement d’infrastructures ou de politiques de transport dont ils ne peuvent pas directement bénéficier, en particulier le ferroviaire.
Il propose donc de profiter du budget 2027 pour réduire une partie de la fiscalité applicable aux liaisons ultramarines.
Le « yield management » également dans le viseur
Le rapport s’intéresse aussi à une pratique bien connue des voyageurs : le prix d’un même siège peut évoluer considérablement selon le moment où il est réservé et la demande anticipée par la compagnie.
C’est le principe du yield management. Cette méthode permet aux compagnies de remplir leurs avions et de proposer certains billets à bas prix. Mais lorsque la demande augmente fortement, notamment pendant les vacances scolaires ou à l’approche du départ, les tarifs peuvent rapidement grimper.
Le rapport évoque des variations pouvant atteindre 72 % dans certaines situations.
Le problème est particulier pour les voyageurs qui ne peuvent pas anticiper : décès d’un proche, hospitalisation ou autre urgence familiale.
Jiovanny William propose donc d’encadrer certaines majorations de dernière minute dans ces situations justifiées, avec un contrôle de la DGCCRF.
Des sièges à prix réduit réservés toute l’année
Autre proposition importante : garantir un certain nombre de billets à prix réduit aux personnes bénéficiant des aides de LADOM.
Le député souhaite modifier les règles des obligations de service public afin qu’un quota de sièges reste disponible au tarif plancher de basse saison, y compris lorsque la demande augmente.
L’objectif serait d’éviter qu’une aide publique à la mobilité soit en partie absorbée par l’augmentation du prix du billet au moment de la réservation.
Il propose également d’élargir certaines aides aux classes moyennes, actuellement exclues de plusieurs dispositifs en raison de leurs revenus.
Les parents ayant un enfant étudiant dans l’Hexagone font notamment partie des situations mises en avant.
Plus de transparence demandée aux compagnies
Le rapport s’intéresse enfin à la formation même des prix. Selon Jiovanny William, certaines compagnies interrogées pendant les travaux auraient invoqué le secret des affaires pour ne pas communiquer en détail la rentabilité de leurs dessertes ultramarines.
Il propose donc davantage de transparence sur ces lignes et souhaite également conditionner certaines aides publiques ou mesures de défiscalisation accordées aux compagnies à des engagements de modération tarifaire, contrôlés dans le temps par l’Autorité de régulation des transports.
Des propositions, pas encore des baisses de prix
C’est la nuance essentielle. Ces 14 recommandations ne signifient pas que les billets vont immédiatement baisser de 45 % ni même que toutes les mesures seront appliquées.
Certaines pourraient relever de décisions réglementaires du gouvernement, d’autres nécessiteraient des modifications législatives ou devraient être intégrées au budget de l’État.
La remise officielle du rapport à la ministre des Outre-mer, prévue le 24 septembre, ouvre donc surtout une nouvelle étape politique.
La question sera désormais de savoir quelles recommandations le gouvernement acceptera de reprendre, combien elles coûteraient aux finances publiques et surtout si elles peuvent réellement réduire durablement le prix payé par les voyageurs ultramarins.
PRÈS DE 4 MILLIONS DE DOCUMENTS SUR LES PERSONNES RÉDUITES EN ESCLAVAGE DÉSORMAIS ACCESSIBLES EN LIGNE - ACTU 2
Près de 4 millions de documents concernant des personnes réduites en esclavage dans 20 anciennes colonies britanniques sont désormais consultables en ligne pour la première fois.
La collection représente près de 300 000 pages d’archives, principalement entre 1813 et 1840. Elle concerne notamment la Jamaïque, la Barbade, les Bahamas et Trinidad et Tobago, mais aussi Maurice et l’Afrique du Sud.
Et l’intérêt de ces archives va bien au-delà de simples statistiques.
On peut y retrouver des noms, des âges, des descriptions physiques, des liens familiaux, des naissances et des décès, ainsi que les déplacements et transferts de propriété auxquels étaient soumises les personnes réduites en esclavage. Certains documents indiquent même leur origine africaine.
Ces registres avaient été créés par le gouvernement britannique après l’abolition de la traite transatlantique en 1807, notamment pour surveiller les populations réduites en esclavage et lutter contre la poursuite clandestine de la traite.
Autrement dit, ces documents avaient initialement été conçus pour administrer des êtres humains considérés juridiquement comme des propriétés.
Deux siècles plus tard, ils permettent désormais de leur redonner des noms, des familles et des trajectoires individuelles.
Retrouver les esclaves, mais également ceux qui les possédaient
C’est également ce qui rend ces archives particulièrement importantes pour les historiens.
L’University College London dispose déjà d’une importante base de données consacrée aux propriétaires d’esclaves britanniques et aux bénéficiaires du système esclavagiste.
Les chercheurs peuvent désormais croiser ces informations avec les nouveaux registres consacrés aux personnes réduites en esclavage.
Cela peut permettre, dans certains cas, de reconstituer beaucoup plus précisément une plantation ou une communauté : qui y était réduit en esclavage, quelles familles y vivaient, qui possédait la plantation et comment cette propriété évoluait.
L’objectif est donc aussi de connecter deux histoires longtemps étudiées séparément : celle des personnes qui ont produit la richesse par leur travail forcé et celle des individus qui en ont bénéficié.
Des milliers de propriétaires avaient été indemnisés
Cette question est d’autant plus importante qu’au moment de l’abolition de l’esclavage dans l’Empire britannique, ce ne sont pas les personnes libérées qui ont reçu une compensation.
Le gouvernement britannique a consacré 20 millions de livres sterling, une somme gigantesque pour l’époque, à indemniser les propriétaires pour la perte des personnes qu’ils considéraient comme leur propriété.
Les recherches menées par UCL sur ces indemnisations ont permis d’identifier des dizaines de milliers de propriétaires et bénéficiaires.
Ces données ont ensuite permis aux historiens d’étudier comment les fortunes issues de l’esclavage ont circulé après l’abolition et leurs liens avec différentes familles, entreprises et institutions britanniques.
Les recherches sur l’héritage de l’esclavage britannique ont ainsi progressivement mis en évidence des connexions avec le monde de la finance, les entreprises, les propriétés foncières, les institutions culturelles, les universités ou encore certaines institutions religieuses.
Il faut néanmoins être précis : apparaître dans une base historique ne signifie pas nécessairement qu’une institution actuelle a directement possédé des personnes réduites en esclavage. Les liens peuvent prendre différentes formes : propriété directe, investissement, héritage, donation provenant d’une fortune esclavagiste ou bénéfice tiré d’activités liées à l’économie coloniale.
Pourquoi ces nouvelles archives peuvent changer les recherches
Jusqu’ici, il était souvent plus facile de retrouver le nom d’un propriétaire que celui des centaines de personnes qu’il possédait.
Les nouveaux registres permettent justement de renverser cette perspective.
UCL travaille par exemple sur le projet Valuable Lives, qui doit reconstituer les trajectoires de plus de 350 000 personnes réduites en esclavage en Jamaïque durant les dernières années précédant l’abolition.
Dans certains cas, les chercheurs ont réussi à reconstruire des familles sur plusieurs générations.
Pour les descendants afro-caribéens, cela ouvre donc une possibilité particulièrement importante : retrouver non seulement le nom d’un ancêtre, mais parfois sa mère, ses enfants, son lieu de naissance, la plantation sur laquelle il vivait et les personnes qui revendiquaient sa propriété.
Et cela arrive en plein débat sur les réparations
Le calendrier est particulièrement symbolique. La publication de ces millions de documents intervient alors que la Jamaïque vient officiellement de porter la question des réparations pour l’esclavage britannique sur le terrain juridique.
Kingston a adressé une pétition au roi Charles III afin que plusieurs questions soient examinées par le Comité judiciaire du Conseil privé, notamment celle de savoir si le Royaume-Uni possède aujourd’hui une obligation de réparation envers le peuple jamaïcain.
Ces archives ne permettent pas, à elles seules, de répondre juridiquement à cette question.
Mais elles peuvent apporter quelque chose de fondamental au débat : documenter avec beaucoup plus de précision qui a été réduit en esclavage, qui possédait ces personnes, comment fonctionnait le système et qui en a tiré des bénéfices.
C’est précisément ce qui rend cette mise en ligne particulièrement importante.
Pendant longtemps, les archives britanniques permettaient plus facilement de suivre les propriétaires, les plantations et l’argent.
Aujourd’hui, elles permettent progressivement de suivre aussi les personnes réduites en esclavage, leurs familles et leurs descendants.
Et au moment où plusieurs pays de la Caraïbe demandent au Royaume-Uni de discuter des réparations, ces millions de documents pourraient devenir des outils majeurs pour mieux comprendre et documenter les responsabilités, les fortunes et surtout les vies humaines derrière l’esclavage britannique.
LES ÉCHANGES ENTRE LE GUYANA ET LA CHINE ATTEIGNENT UN NIVEAU RECORD-ACTU 3
La Chine prend une place de plus en plus importante dans la transformation économique spectaculaire que connaît actuellement le Guyana.
En 2025, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint environ 1,8 milliard de dollars américains, selon les données guyanaises présentées par le Premier ministre Mark Phillips lors d’une réception organisée le 17 septembre à Georgetown.
Les exportations guyanaises vers la Chine ont atteint un niveau record de 501 millions de dollars, faisant de la Chine le huitième marché d’exportation du pays.
Dans l’autre sens, les chiffres sont encore plus importants.
Le Guyana a importé 1,287 milliard de dollars de marchandises chinoises en 2025, contre environ 926 millions en 2024. La Chine représente désormais 12,6 % des importations du pays et constitue son troisième fournisseur, derrière Singapour et les États-Unis.
La relation reste donc déséquilibrée : le Guyana a importé environ 786 millions de dollars de plus depuis la Chine qu’il ne lui en a exporté.
Pourquoi les chiffres chinois sont-ils différents ?
Un élément intrigue cependant dans les statistiques. L’ambassadrice de Chine au Guyana, Yang Yang, avance un chiffre beaucoup plus élevé : selon Pékin, les échanges bilatéraux auraient atteint 2,89 milliards de dollars en 2025, soit plus du double de leur niveau de 2024.
Du côté guyanais, les statistiques sur les marchandises permettent plutôt d’arriver à environ 1,79 milliard, soit le chiffre de 1,8 milliard avancé par Mark Phillips.
Pour l’instant, l’écart de plus d’un milliard de dollars entre les deux évaluations n’a pas été clairement expliqué publiquement. Il pourrait notamment provenir de différences de méthodologie ou de classification, mais il serait prématuré de l’affirmer sans explication officielle.
La Chine est déjà présente dans le pétrole guyanais
Les relations entre Georgetown et Pékin dépassent largement les simples échanges de marchandises. La Chine possède notamment un intérêt direct dans la principale richesse du Guyana : son pétrole.
L’entreprise publique chinoise CNOOC détient 25 % du bloc Stabroek, aux côtés d’ExxonMobil et de Chevron. C’est dans ce gigantesque bloc offshore que se concentre l’essentiel de la production pétrolière qui a transformé l’économie guyanaise depuis le début de l’exploitation commerciale en 2019.
La présence chinoise est également visible dans les infrastructures.
Des entreprises chinoises ont participé à plusieurs projets majeurs, notamment le nouveau pont sur la rivière Demerara, six hôpitaux régionaux et des projets énergétiques. L’ambassadrice Yang Yang affirme qu’à la fin de 2025, les investissements cumulés des entreprises chinoises au Guyana atteignaient environ 13 milliards de dollars américains.
Ce chiffre doit toutefois être attribué aux autorités chinoises : il s’agit de leur estimation des investissements cumulés et pas nécessairement d’un chiffre directement comparable aux statistiques classiques d’investissement direct étranger.
Une relation qui existe depuis plus de 50 ans
Ce rapprochement ne commence pas avec la découverte du pétrole. Le Guyana et la Chine ont établi leurs relations diplomatiques en 1972 et célèbrent en 2026 leurs 54 années de relations diplomatiques. La présence chinoise au Guyana est encore plus ancienne : les premiers immigrants chinois sont arrivés dans la colonie britannique au XIXe siècle.
Mais le boom pétrolier change aujourd’hui complètement l’échelle de cette relation.
Le Guyana dispose désormais de ressources financières considérables et doit construire rapidement des routes, ponts, hôpitaux, logements, infrastructures électriques et nouvelles capacités industrielles. Pour la Chine et ses entreprises, cette transformation représente donc un marché particulièrement attractif.
Le véritable défi : préparer l’après-pétrole
En 2025, le pétrole représentait environ 88,4 % des 20,14 milliards de dollars d’exportations du Guyana.
Le pays est donc devenu extrêmement riche en ressources pétrolières, mais également extrêmement dépendant de celles-ci pour ses exportations.
Le gouvernement d’Irfaan Ali cherche justement à utiliser les revenus générés par le pétrole pour développer d’autres secteurs avant que cette dépendance ne devienne structurelle.
Lors de la réception du 17 septembre, Mark Phillips a cité plusieurs domaines dans lesquels le Guyana souhaite approfondir sa coopération avec la Chine : énergies renouvelables, infrastructures intelligentes, transports modernes, agriculture, pêche, aquaculture et développement urbain.
L’idée est donc de faire de la Chine non seulement un acheteur et un fournisseur, mais également un partenaire dans la construction d’une économie plus diversifiée.
La ferme solaire Aurora illustre cette stratégie. Selon l’ambassadrice chinoise, le projet devrait permettre de réduire la consommation de diesel du Guyana d’environ 18 millions de litres par an.
Une relation importante, mais encore déséquilibrée
Le Guyana achète énormément de produits à la Chine, tandis que ses propres exportations restent largement dépendantes des matières premières.
Pour que cette relation contribue réellement à la diversification du pays, Georgetown devra réussir à développer davantage l’agriculture, l’agro-industrie, la transformation locale, les services et la production industrielle, afin d’exporter autre chose que principalement des ressources naturelles.
18 SUSPECTS DE L’ASSASSINAT DE JOVENEL MOÏSE EXTRADÉS VERS LES ÉTATS-UNIS - ACTU 4
Cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, l’un des plus importants transferts de suspects depuis le début de l’affaire vient d’avoir lieu.
Le 20 septembre, 18 personnes détenues en Haïti ont été transférées vers les États-Unis, à bord d’un avion militaire américain, afin d’être poursuivies devant la justice fédérale à Miami.
Il s’agit de 17 ressortissants colombiens, pour la plupart d’anciens militaires, et de l’Haïtien Joseph Félix Badio, ancien cadre de l’Unité de lutte contre la corruption. Ce dernier est considéré par les enquêteurs comme l’une des figures centrales du complot.
Les autorités américaines affirment désormais avoir inculpé 30 personnes pour différents rôles présumés dans l’affaire.
Que s’est-il passé le 7 juillet 2021 ?
Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, un commando armé pénètre dans la résidence privée de Jovenel Moïse à Pétion-Ville.
Le président, âgé de 53 ans, est tué par balles. Son épouse, Martine Moïse, est grièvement blessée mais survit.
Plusieurs membres du commando se présentent alors comme appartenant à la DEA, l’agence antidrogue américaine. Mais il ne s’agissait pas d’une opération américaine.
Dans les heures et les jours suivants, les autorités haïtiennes arrêtent une grande partie du groupe. Plusieurs suspects sont tués et d’autres prennent la fuite. Les investigations révèlent progressivement un réseau beaucoup plus large impliquant des Colombiens, des Haïtiens et des ressortissants ou résidents liés aux États-Unis.
Qui avait engagé les Colombiens ?
C’est l’un des éléments essentiels pour comprendre l’affaire.
Selon l’accusation fédérale américaine, environ 20 Colombiens disposant d’une formation militaire avaient été recrutés par CTU Security, une société basée dans le sud de la Floride dirigée notamment par Antonio Intriago et Arcangel Pretel Ortiz.
À l’origine, ils auraient été présentés comme une force chargée notamment d’assurer la sécurité de Christian Emmanuel Sanon, un Haïtiano-Américain qui nourrissait des ambitions politiques en Haïti.
Les procureurs américains affirment qu’en avril 2021, plusieurs protagonistes se sont réunis en Floride autour d’un projet visant à écarter Jovenel Moïse du pouvoir et à installer Sanon à sa place.
En contrepartie, CTU espérait obtenir d’importants contrats de sécurité, d’infrastructures et d’équipements auprès d’un futur gouvernement. Une autre société de Floride, Worldwide Capital Lending Group, aurait également participé au financement du projet.
Mais le plan aurait ensuite changé. Sanon ne disposant ni des conditions constitutionnelles ni du soutien politique nécessaires pour devenir président, certains conspirateurs se seraient tournés vers une ancienne juge de la Cour suprême haïtienne.
Selon le ministère américain de la Justice, le projet est progressivement passé de l’arrestation et l’éviction de Moïse à son assassinat. Le 6 juillet, quelques heures avant l’opération, les participants réunis près de la résidence présidentielle auraient été informés que la mission consistait désormais à tuer le président.
Cela signifie aussi qu’il reste nécessaire de distinguer les organisateurs présumés, les financiers, les intermédiaires et les hommes ayant directement participé à l’assaut. Tous ne sont pas accusés d’avoir joué exactement le même rôle.
Pourquoi le procès se déroule-t-il aux États-Unis ?
C’est une question centrale puisque le président d’Haïti a été assassiné en Haïti.
Les États-Unis revendiquent leur compétence parce qu’une partie importante de la préparation et du financement présumés du complot est passée par le sud de la Floride.
Des réunions s’y seraient déroulées, plusieurs entreprises impliquées y étaient établies, de l’argent y aurait transité et des équipements, dont des gilets pare-balles, auraient été envoyés depuis les États-Unis vers Haïti.
La justice américaine affirme également que des fonds provenant notamment de fraudes à des programmes américains d’aide aux entreprises pendant la pandémie de Covid-19 ont servi à financer une partie de l’opération.
Le dossier américain est déjà beaucoup plus avancé que celui mené en Haïti. En mai 2026, quatre hommes ont été reconnus coupables par un jury fédéral à Miami pour leur participation au complot et risquent la prison à vie. D’autres protagonistes avaient déjà plaidé coupable ou été condamnés.
En Haïti, à l’inverse, aucun grand procès sur l’assassinat n’a encore pu se tenir cinq ans après les faits. L’enquête a été marquée par des changements de juges, des menaces, l’insécurité et la dégradation générale du système judiciaire. Des gangs ont également pris le contrôle de bâtiments judiciaires à Port-au-Prince.
Mais l’extradition provoque une polémique en Haïti
Pour le gouvernement haïtien, remettre les suspects aux États-Unis permet de faire avancer une procédure qui piétine depuis cinq ans.
Mais cette décision pose aussi une question sensible : pourquoi la justice haïtienne ne peut-elle pas juger elle-même les personnes accusées d’avoir participé à l’assassinat de son propre président ?
Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire haïtien a contesté la procédure utilisée pour le transfert, estimant qu’elle porte atteinte à l’indépendance judiciaire et qu’une personne faisant l’objet d’une instruction ne devrait pas être déplacée sans l’autorisation du juge compétent.
Le défenseur des droits humains Pierre Espérance a également présenté le transfert comme révélateur de l’échec du système judiciaire haïtien à organiser un procès d’une telle ampleur.
Cinq ans après, qui a réellement commandité l’assassinat ?
La justice américaine a considérablement avancé dans l’identification des personnes qui auraient financé, organisé, recruté ou exécuté l’opération.
Elle décrit un complot impliquant des intérêts politiques et financiers, des entreprises installées en Floride, des intermédiaires haïtiens et un commando composé en grande partie d’anciens militaires colombiens.
Mais cinq ans après l’assassinat, le tableau complet des responsabilités et des motivations de chaque protagoniste reste encore débattu et plusieurs suspects sont toujours recherchés.
Le procureur fédéral Jason Reding Quiñones l’a d’ailleurs clairement indiqué après l’arrivée des 18 nouveaux accusés : les enquêteurs américains comptent poursuivre ceux qui ont financé, facilité ou soutenu l’opération.
Un assassinat qui a profondément aggravé la crise haïtienne
La mort de Jovenel Moïse n’a pas créé à elle seule la crise politique et sécuritaire d’Haïti : le pays traversait déjà une grave période d’instabilité avant juillet 2021.
Mais son assassinat a supprimé brutalement le chef de l’État sans succession institutionnelle claire et a approfondi le vide politique.
Haïti n’a plus eu de président depuis. Les institutions élues se sont progressivement vidées, tandis que les groupes armés ont considérablement étendu leur influence sur Port-au-Prince et plusieurs régions du pays.
Cinq ans plus tard, l’affaire dépasse donc largement la question de savoir qui se trouvait dans la résidence présidentielle cette nuit-là.
Pour de nombreux Haïtiens, il reste à déterminer qui a organisé l’opération, qui l’a financée, quels intérêts étaient derrière le projet et pourquoi les institutions chargées de protéger le président n’ont pas empêché son assassinat.
LE GROUPE MARTINIQUAIS GBH RACHÈTE KEEPCOOL ET NEONESS - ACTU 5
C’est une nouvelle diversification importante pour l’un des plus grands groupes économiques né en Martinique.
Le groupe martiniquais GBH, Groupe Bernard Hayot, a acquis ICM Wellness, le pôle sport et bien-être du groupe familial ICM. L’opération permet à GBH de prendre le contrôle des enseignes de salles de sport Keepcool et Neoness.
Et l’acquisition est loin d’être marginale.
ICM Wellness représente aujourd’hui près de 300 salles de sport, environ 500 000 adhérents et 680 collaborateurs. Les données publiées par ICM avant l’opération faisaient plus précisément état de 288 salles et 483 000 adhérents actifs.
Keepcool constitue la majeure partie du réseau, avec plus de 260 clubs, tandis que Neoness dispose d’une trentaine de salles et est particulièrement implanté en région parisienne. Une partie du réseau fonctionne en franchise.
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