ARY CHALUS CONDAMNÉ POUR DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS - ACTU 1
Le président de la Région Guadeloupe Ary Chalus a été condamné le 30 septembre par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans de prison avec sursis, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité pour détournement de fonds publics.
Il a annoncé faire appel de la décision. L’affaire ne concerne pas directement sa gestion actuelle de la Région Guadeloupe. Elle porte principalement sur l’utilisation de fonds publics lorsqu’il était député de Guadeloupe entre 2012 et 2017, période durant laquelle il était également maire de Baie-Mahault jusqu’en 2015.
Que lui reproche exactement la justice ?
L’affaire comporte plusieurs volets. Le premier concerne son indemnité représentative de frais de mandat, ou IRFM. À l’époque, les députés recevaient environ 5 300 euros par mois pour financer les dépenses nécessaires à l’exercice de leur mandat.
Les enquêteurs ont considéré qu’une partie de cette enveloppe avait été utilisée pour des dépenses sans lien suffisant avec son activité parlementaire.
Le tribunal a finalement retenu 96 135 euros de dépenses personnelles ou irrégulières. L’enquête avait notamment identifié des paiements concernant de l’habillement, du bricolage, du jardinage ou encore certaines dépenses de santé, ainsi que des chèques versés à des particuliers et associations.
Ary Chalus a défendu une autre lecture de certaines de ces dépenses. Concernant notamment des sommes versées à des particuliers, il avait expliqué aux enquêteurs qu’il s’agissait d’aides accordées à des personnes en difficulté. Sa défense a plus généralement invoqué des erreurs ou une mauvaise compréhension des règles plutôt qu’une volonté de détourner de l’argent public.
Des dépenses remboursées deux fois
Le deuxième volet concerne la commune de Baie-Mahault, dont Ary Chalus était alors maire.
Entre 2012 et 2015, certaines dépenses auraient été réglées avec son enveloppe parlementaire puis également présentées à la mairie pour remboursement.
Le tribunal a retenu 47 431 euros de remboursements indus versés par la commune.
Ary Chalus avait reconnu que certaines factures n’auraient pas dû être remboursées par la mairie, mais contestait l’existence d’un système volontaire. Il avait notamment évoqué un dysfonctionnement administratif.
Une partie des sommes litigieuses avait d’ailleurs été remboursée avant le jugement.
Sa fille était également collaboratrice parlementaire
Troisième volet : l’emploi de membres de sa famille comme collaboratrices parlementaires.
Sa fille, Nathalia Chalus, avait été employée comme assistante parlementaire pendant plus d’un an alors qu’elle occupait parallèlement un emploi à temps plein dans une entreprise privée.
La justice s’est donc interrogée sur la réalité et l’étendue du travail parlementaire effectué pendant cette période.
Le tribunal a retenu un préjudice d’environ 67 861 euros et a considéré que l’emploi concerné constituait un détournement de fonds publics. Nathalia Chalus a elle aussi été condamnée : six mois de prison avec sursis, 20 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité.
Ary Chalus et sa fille ont toujours soutenu qu’elle avait réellement travaillé comme collaboratrice parlementaire.
Sa compagne, Francette Gourdine Bachou, avait également été employée comme collaboratrice alors qu’elle suivait parallèlement une formation d’infirmière à Nancy. Son dossier a cependant été disjoint pour raisons médicales et n’a donc pas été jugé dans les mêmes conditions lors de ce procès.
181 089 euros de détournements retenus par le tribunal
Au total, le tribunal a évalué les détournements retenus contre Ary Chalus à 181 089 euros.
Il n’a cependant pas été reconnu coupable de absolument tous les faits qui lui étaient reprochés.
Ary Chalus et sa fille ont notamment été relaxés concernant un volet portant sur 6 580 euros de crédits destinés à certains voyages, les juges estimant que les éléments étaient insuffisants pour retenir cette partie des accusations.
C’est une nuance importante : le dossier présenté initialement devant la justice portait sur des montants supérieurs, mais 181 089 euros correspondent aux détournements finalement retenus par le tribunal contre Ary Chalus.
Pourquoi l’affaire arrive-t-elle devant la justice plusieurs années après ?
L’enquête trouve notamment son origine dans les contrôles réalisés après la réforme des frais de mandat des parlementaires.
À la fin de 2018 et au début de 2019, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique avait transmis à la justice plusieurs dossiers concernant d’anciens parlementaires dont l’utilisation de l’IRFM posait question.
Le dossier Ary Chalus a ensuite été instruit sous la direction du Parquet national financier, avant son renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris.
L’affaire illustre aussi les faiblesses de l’ancien système : à l’époque, l’IRFM était versée de manière forfaitaire et son utilisation faisait l’objet de beaucoup moins de contrôles qu’aujourd’hui. Le système a depuis été remplacé par l’avance de frais de mandat, avec des règles de justification et de contrôle renforcées.
Pourquoi reste-t-il président de Région ?
C’est probablement le point qui peut prêter le plus à confusion. Ary Chalus a bien été condamné à cinq ans d’inéligibilité, mais le tribunal a décidé de ne pas assortir cette peine de l’exécution provisoire.
Cela signifie que l’inéligibilité ne s’applique pas immédiatement pendant qu’il exerce les voies de recours. Le tribunal a notamment pris en considération les remboursements déjà effectués.
Le Parquet national financier avait pourtant demandé que les cinq années d’inéligibilité soient immédiatement exécutoires. Les juges n’ont pas suivi cette demande.
Ary Chalus peut donc continuer à exercer son mandat de président de la Région Guadeloupe à ce stade.
Ary Chalus conteste la condamnation
L’élu a annoncé qu’il ferait appel. Dans sa réaction au jugement, il a indiqué vouloir défendre son honneur et celui de sa famille et poursuivre son engagement à la tête de la Région.
ONZE PAYS ET TERRITOIRES CARIBÉENS RÉUNIS EN MARTINIQUE POUR PROTÉGER LA MER - ACTU 2
Pendant plusieurs jours, la Martinique accueille des représentants de onze pays et territoires de la Caraïbe pour travailler ensemble sur la protection de la biodiversité et des écosystèmes de la région.
Depuis le 28 septembre, ils participent à une réunion du comité consacré à la biodiversité et aux écosystèmes de l’Organisation des États de la Caraïbe orientale (OECO), dont la Martinique assure actuellement la présidence.
L’objectif est notamment de faire avancer plusieurs projets régionaux concernant la protection des espaces marins, la restauration des écosystèmes, la préservation des espèces et la gestion des pressions environnementales communes aux îles caribéennes.
Pourquoi se réunir à l’échelle de la Caraïbe ?
Parce que les écosystèmes marins ne s’arrêtent pas aux frontières. Une pollution marine, des sargasses, la dégradation des récifs coralliens ou la disparition de certaines espèces peuvent concerner simultanément plusieurs îles.
Les courants marins relient également directement les territoires. Une partie des déchets retrouvés sur une côte peut ainsi provenir d’un autre pays, tandis que de nombreuses espèces de poissons, tortues ou mammifères marins se déplacent entre les différentes eaux territoriales de la région.
Pour les petites îles caribéennes, protéger l’environnement uniquement à l’échelle nationale ou territoriale possède donc rapidement ses limites.
Des écosystèmes essentiels aux économies caribéennes
L’enjeu n’est pas seulement écologique. Les récifs coralliens, mangroves et herbiers marins constituent des protections naturelles contre l’érosion et les vagues, servent de zones de reproduction à de nombreuses espèces et participent directement aux activités de pêche et de tourisme.
Dans des économies insulaires fortement dépendantes de leur littoral, leur dégradation peut donc avoir des conséquences économiques et sociales importantes.
La Caraïbe est parallèlement confrontée à plusieurs pressions : réchauffement et acidification de l’océan, blanchissement des coraux, pollution plastique, urbanisation du littoral, espèces invasives ou encore épisodes massifs de sargasses.
La Martinique davantage intégrée à la coopération caribéenne
Cette réunion illustre également une évolution intéressante pour la Martinique.
Bien qu’elle soit un territoire français et européen, la Martinique est membre associé de l’OECO depuis 2015. Elle peut ainsi participer directement à certains programmes de coopération avec ses voisins de la Caraïbe orientale.
L’OECO rassemble notamment Sainte-Lucie, la Dominique, Grenade, Antigua-et-Barbuda, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Saint-Kitts-et-Nevis et plusieurs territoires britanniques, ainsi que la Martinique et la Guadeloupe comme membres associés.
Cette position permet notamment à la Martinique de travailler directement avec des îles qui partagent souvent les mêmes écosystèmes et les mêmes problèmes environnementaux, malgré des statuts politiques et des langues différentes.
LE PRIX DE L’ESSENCE DÉPASSE LES 2 € AUX ANTILLES - ACTU 3
Le passage est symbolique, mais ses conséquences peuvent dépasser largement le budget des automobilistes.
À partir du 1er octobre 2026, le sans-plomb passe à 2,12 € le litre en Guadeloupe, soit une hausse de 20 centimes en un mois. Le gazole atteint de son côté 2,28 €, soit 19 centimes supplémentaires.
Même évolution en Martinique : le sans-plomb augmente de 1,90 € à 2,10 € le litre, tandis que le gazole passe de 2,08 € à 2,27 €.
En Guyane, la hausse est également brutale : +19 centimes pour l’essence comme pour le gazole. Le sans-plomb atteint 2,21 € et le gazole 2,37 € le litre, après avoir déjà augmenté de 16 centimes en septembre. En seulement deux mois, le gazole guyanais a donc pris 35 centimes par litre.
Pourquoi une hausse aussi importante en un seul mois ?
Les préfectures expliquent cette augmentation principalement par la forte remontée des cours internationaux de l’énergie.
En septembre, le cours moyen du pétrole brut pris en compte pour le calcul a augmenté d’environ 26 %. Les cotations des produits pétroliers raffinés ont également fortement progressé : +22,7 % pour l’essence et +17 % pour le gazole.
Les tensions au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz, ainsi que les perturbations touchant certaines capacités de production et de raffinage sont avancées par les services de l’État pour expliquer cette flambée.
Mais pour comprendre pourquoi ces augmentations arrivent presque simultanément en Guadeloupe, Martinique et Guyane, il faut aussi comprendre le système très particulier de fixation des prix des carburants dans ces territoires.
Aux Antilles-Guyane, le prix des carburants est réglementé
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, une station-service de Guadeloupe, de Martinique ou de Guyane ne fixe pas librement son prix à la pompe.
Le système est différent de celui de l’Hexagone. En Guadeloupe, Martinique et Guyane, le préfet fixe chaque mois par arrêté un prix maximal de vente pour l’essence, le gazole et plusieurs autres produits pétroliers. La réglementation encadre également différentes étapes de la chaîne : sortie de raffinerie ou importation, acheminement, stockage, distribution en gros et vente au détail.
Le calcul tient notamment compte des cours internationaux des produits pétroliers, du coût des matières premières, du dollar, du transport, du stockage, des marges réglementées et de la fiscalité locale. Certains éléments sont calculés à partir des cotations observées durant les premiers jours du mois précédent.
C’est pourquoi le prix change généralement le premier jour de chaque mois.
Il ne s’agit donc pas véritablement d’un « blocage » permanent du prix à un niveau donné. Il serait plus précis de parler de prix réglementé ou plafonné : l’État détermine le prix maximal auquel le carburant peut être vendu, mais ce plafond évolue en fonction des coûts et du marché mondial.
Le mécanisme existe notamment parce que les marchés ultramarins sont petits, éloignés des grandes zones d’approvisionnement et disposent d’un nombre limité d’acteurs dans l’importation, le raffinage, le stockage et la distribution.
Une fiscalité également différente de l’Hexagone
Autre particularité souvent méconnue : la fiscalité n’est pas identique.
En Guadeloupe, par exemple, la préfecture rappelle que l’État n’y perçoit ni TVA ni taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques selon le même régime que dans l’Hexagone. Le prix comprend en revanche une fiscalité indirecte locale décidée notamment par la collectivité régionale et destinée à financer les collectivités.
Cela explique pourquoi comparer uniquement le prix affiché dans une station de Guadeloupe avec celui d’une station parisienne ne permet pas de comprendre toute la structure du prix.
D’ailleurs, malgré la forte hausse d’octobre, les prix martiniquais restent, selon la préfecture, légèrement inférieurs aux moyennes relevées dans l’Hexagone fin septembre : 2,22 € pour le sans-plomb et 2,36 € pour le gazole.
Le problème dépasse pourtant le prix à la pompe
C’est là que cette augmentation rejoint directement la question de la vie chère dans les Outre-mer.
Dans de nombreux territoires ultramarins, la voiture reste indispensable pour aller travailler, faire ses courses ou accompagner ses enfants, notamment lorsque les transports collectifs ne permettent pas de couvrir facilement certains déplacements.
Une hausse de 20 centimes représente 10 € supplémentaires pour un plein de 50 litres. Mais l’effet peut surtout se diffuser dans toute l’économie. Les entreprises de transport, artisans, agriculteurs, pêcheurs, livreurs et commerçants utilisent eux aussi du carburant. Lorsque leurs coûts de déplacement et de transport augmentent durablement, une partie peut finir par être répercutée sur les prix des biens et des services.
Et dans des territoires qui importent déjà une grande partie de ce qu’ils consomment, le coût du transport constitue justement l’un des éléments qui alimentent les écarts de prix avec l’Hexagone.
Le préfet de Guyane a d’ailleurs reconnu ce risque en expliquant que l’objectif des aides publiques était notamment d’éviter que la hausse des carburants ne provoque, par ricochet, une augmentation plus générale des prix.
Des aides pour amortir le choc
Face à la flambée des prix de l’énergie, le gouvernement a décidé de prolonger plusieurs dispositifs jusqu’à la fin de l’année.
En Guyane, l’aide destinée aux « grands rouleurs » est notamment doublée de 50 à 100 euros, tandis que son plafond de revenus est élargi. Des aides sont également maintenues ou renforcées pour certains professionnels du transport, de l’agriculture, de la pêche et de la santé.
Des mécanismes d’accompagnement sont également prolongés aux Antilles.
Mais ces dispositifs amortissent les conséquences de la hausse sans supprimer sa cause principale : les Antilles-Guyane restent fortement dépendantes des importations de produits pétroliers et donc des fluctuations du marché international.
POLÉMIQUE APRÈS LE DISCOURS DE NETANYAHU À L’ONU : PLUSIEURS PAYS CARIBÉENS CLARIFIENT LEUR POSITION - ACTU 4
Le discours de Benjamin Netanyahu à l’Assemblée générale des Nations unies, le 24 septembre, a provoqué une importante manifestation diplomatique à New York.
Lorsque le Premier ministre israélien est monté à la tribune, des dizaines de diplomates ont quitté la salle, tandis que de nombreux sièges sont restés vides. Reuters a confirmé le départ de dizaines de représentants. De son côté, l’agence Anadolu, après analyse des images, estime que près de 70 délégations ont quitté la salle ou n’ont pas assisté au discours.
Mais quelques jours plus tard, l’épisode a provoqué une polémique jusque dans la Caraïbe.
Pourquoi autant de délégations sont-elles parties ?
Le geste était avant tout politique. Les diplomates ayant participé au départ collectif entendaient protester contre la conduite par Israël de la guerre à Gaza et plus largement contre la politique du gouvernement Netanyahu dans les territoires palestiniens.
Parmi les délégations clairement identifiées figuraient notamment la Turquie, la Palestine, l’Algérie, l’Égypte, la Jordanie, le Qatar, l’Arabie saoudite, l’Indonésie, la Malaisie ou encore le Brésil.
Netanyahu a poursuivi son discours malgré les départs et a vivement critiqué les délégations ayant quitté la salle. Il a également rejeté les accusations de génocide visant Israël concernant Gaza.
Et les pays de la Caraïbe ?
C’est justement autour des délégations caribéennes que la situation s’est compliquée.
Après le discours de Benjamin Netanyahu, des membres de la délégation israélienne ont entrepris d’identifier les pays dont les sièges étaient vides dans l’hémicycle, afin de déterminer l’ampleur de la protestation.
Des listes ont ensuite circulé dans les médias et sur les réseaux sociaux, associant l’absence de certaines délégations à une participation au boycott.
Plusieurs pays de la Caraïbe se sont ainsi retrouvés mentionnés parmi les États qui auraient quitté la salle ou choisi de ne pas assister au discours.
Le problème est qu’un siège vide ne permet pas, à lui seul, de déterminer la raison de l’absence d’une délégation.
C’est précisément ce qu’a voulu rappeler la Barbade.
Le bureau de la Première ministre Mia Mottley a officiellement démenti que la délégation barbadienne ait participé au boycott, affirmant que ses représentants étaient restés dans l’hémicycle pendant le discours de Netanyahu. La Première ministre et son équipe préparaient alors l’intervention qu’elle devait prononcer plus tard devant l’Assemblée générale.
La Jamaïque et Trinidad-et-Tobago ont également indiqué que leurs délégations étaient restées dans la salle, conformément à leur pratique diplomatique consistant à écouter les interventions des États, y compris lorsqu’elles sont en désaccord avec leurs positions.
Ces clarifications sont importantes car elles montrent les limites des premières listes publiées.
Certaines pouvaient en effet regrouper sous une même catégorie les délégations ayant volontairement quitté la salle en signe de protestation, celles qui n’étaient pas présentes au début du discours et celles dont certains représentants seulement étaient absents.
L’ONU n’ayant pas publié de liste officielle des participants au boycott, il est donc difficile d’établir précisément quels États caribéens ont délibérément participé au mouvement.
Une Caraïbe globalement favorable aux droits palestiniens, mais avec des diplomaties différentes
Au cours des dernières années, plusieurs gouvernements de la région ont renforcé leur soutien diplomatique à la Palestine. La Barbade, la Jamaïque et Trinidad-et-Tobago ont notamment reconnu officiellement l’État de Palestine en 2024, rejoignant les autres États membres de la CARICOM qui l’avaient déjà fait.
Cela ne signifie toutefois pas que les gouvernements caribéens adoptent exactement la même stratégie diplomatique face à Israël.
L’ONU PROLONGE LA FORCE INTERNATIONALE CONTRE LES GANGS EN HAÏTI - ACTU 5
La communauté internationale prolonge son dispositif sécuritaire en Haïti. Le 29 septembre 2026, le Conseil de sécurité des Nations unies a renouvelé pour six mois, jusqu’au 31 mars 2027, le mandat de la Gang Suppression Force (GSF), ou Force de répression des gangs, chargée d’appuyer les forces haïtiennes face aux groupes armés.
La résolution, présentée par les États-Unis et le Panama, a été adoptée par 12 voix pour, aucune contre et trois abstentions : la Chine, la Russie et le Pakistan.
Une force créée pour remplacer la mission menée par le Kenya
Pour comprendre ce renouvellement, il faut revenir à 2025.Face aux difficultés de la Mission multinationale d’appui à la sécurité, dirigée principalement par le Kenya et qui n’avait jamais atteint les effectifs espérés, le Conseil de sécurité avait décidé en septembre 2025 de la remplacer par un dispositif plus important : la Gang Suppression Force.
La différence est importante. La GSF a été autorisée à compter jusqu’à 5 550 policiers et militaires et dispose d’un mandat plus offensif. Elle peut mener, avec la Police nationale et les Forces armées d’Haïti, des opérations ciblées contre les gangs, sécuriser les infrastructures stratégiques et faciliter l’accès humanitaire.
L’ONU a parallèlement créé un bureau de soutien chargé de fournir une partie de la logistique : carburant, nourriture, hébergement, transports, communications ou encore soutien médical. L’idée est notamment de corriger l’un des problèmes rencontrés par la précédente mission, qui avait souffert d’un manque chronique de moyens.
Mais la force est encore loin de sa pleine capacité
Lors du vote du 29 septembre, les États-Unis ont indiqué que plus de 1 500 membres de la force étaient actuellement présents sur le terrain, alors que le dispositif doit à terme en compter 5 500.
Washington affirme cependant avoir reçu plus de 17 000 promesses de personnel de différents pays et indique qu’environ 4 000 membres supplémentaires doivent être déployés dans les prochains mois.
Pourquoi la CARICOM insiste-t-elle autant ?
Pour la CARICOM, la situation sécuritaire haïtienne dépasse les frontières du pays.
L’organisation caribéenne réclame depuis plusieurs mois le déploiement complet de la force, ainsi que davantage de personnel, de financement, d’équipements et de soutien logistique. Elle estime que les engagements pris par les partenaires internationaux n’ont pas encore été suffisamment concrétisés.
L’enjeu est également politique. Haïti doit théoriquement organiser un premier tour d’élections le 13 décembre 2026, après plus de dix ans sans élections nationales permettant de renouveler normalement ses institutions. La CARICOM considère qu’une amélioration de la sécurité est indispensable pour créer les conditions permettant la tenue du scrutin.
Pourquoi la Chine et la Russie se sont-elles abstenues ?
La Chine et la Russie ne se sont pas opposées au renouvellement, mais continuent d’émettre de fortes réserves sur le modèle choisi.
Pékin estime notamment que la crise haïtienne ne peut pas être résolue uniquement par une réponse militaire contre les gangs. La Chine insiste sur les problèmes plus profonds de gouvernance, de faiblesse de l’État et de développement.
La Russie considère pour sa part que les résultats obtenus depuis la création de la force ne permettent pas encore de parler de réussite et continue de s’interroger sur son financement et son fonctionnement.
Ces critiques renvoient aussi à l’histoire difficile des interventions internationales en Haïti. Depuis plusieurs décennies, différentes missions étrangères et onusiennes se sont succédé sans parvenir à stabiliser durablement le pays.
Six mois supplémentaires, mais surtout une course contre la montre
Le renouvellement du mandat ne signifie donc pas que la situation est maîtrisée.
Il donne surtout six mois supplémentaires pour accélérer le déploiement d’une force qui n’a toujours pas atteint sa capacité prévue, alors que les groupes armés continuent d’exercer une forte emprise sur Port-au-Prince et certaines routes stratégiques.
L’objectif affiché n’est pas que cette force remplace durablement les institutions haïtiennes. Le dispositif doit permettre à la Police nationale et aux Forces armées d’Haïti de reprendre progressivement le contrôle de la sécurité du pays. L’ONU a d’ailleurs défini des objectifs de renforcement des capacités haïtiennes afin de préparer, à terme, le transfert de ces responsabilités.
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