LA DOMINIQUE ENVISAGE DE SUPPRIMER L’IMPÔT SUR LE REVENU D’ICI 2028-Actu 1
La Dominique pourrait supprimer totalement l’impôt sur le revenu des particuliers d’ici 2028. Le Premier ministre Roosevelt Skerrit a évoqué cette possibilité cette semaine, à condition que les recettes de l’État continuent de progresser suffisamment pour compenser cette perte fiscale.
Avant d’en arriver là, une première réforme importante entrera en vigueur le 1er janvier 2027. Les trois tranches actuelles d’imposition sur le revenu, fixées à 15 %, 25 % et 35 %, doivent être remplacées par un taux unique de 10 %. La mesure avait été annoncée début août par le ministre des Finances Irving McIntyre lors de la présentation du budget 2026-2027.
Pour Roosevelt Skerrit, l’objectif est de laisser davantage de revenus disponibles aux travailleurs. Le Premier ministre défend depuis plusieurs années une fiscalité reposant davantage sur la consommation que sur les revenus : selon lui, les citoyens devraient pouvoir conserver une plus grande partie de l’argent gagné par leur travail.
La suppression complète de l’impôt en 2028 n’est toutefois pas encore décidée. Skerrit a clairement conditionné cette possibilité aux performances des finances publiques et à l’augmentation des recettes après la mise en œuvre des mesures prévues dans le budget.
L’enjeu est important pour cette petite économie d’environ 70 000 habitants. La Dominique dispose notamment de recettes provenant de la TVA, des droits et taxes, du tourisme et surtout de son programme de citoyenneté par investissement (CBI), qui représente depuis plusieurs années une source considérable de financement pour l’État.
Mais cette dépendance constitue aussi un risque. Le programme CBI dominicais fait actuellement l’objet d’une pression croissante de la part des États-Unis et de l’Union européenne, qui réclament davantage de contrôles sur les programmes de vente de citoyenneté de plusieurs États de la Caraïbe orientale. Les recettes du programme sont également attendues en baisse au cours des prochaines années. La capacité de Roseau à supprimer durablement l’impôt sur le revenu dépendra donc aussi de sa capacité à diversifier ses sources de revenus.
Une suppression ferait néanmoins de la Dominique un cas particulièrement intéressant dans la Caraïbe. Certains territoires de la région fonctionnent déjà sans impôt sur le revenu des personnes physiques, notamment les Bahamas et plusieurs territoires britanniques comme les Îles Caïmans. Ils compensent généralement cette absence par d’autres prélèvements, notamment sur la consommation, les importations, les entreprises ou l’activité touristique.
Pour les Dominicains, la réforme pourrait donc représenter un gain direct de pouvoir d’achat. Mais elle pose également une question de répartition : les taxes sur la consommation peuvent peser proportionnellement davantage sur les ménages modestes, qui consacrent une plus grande partie de leurs revenus aux dépenses courantes.
Pour l’instant, une chose est actée : l’impôt sur le revenu doit fortement diminuer dès 2027. Sa disparition complète en 2028 reste un objectif envisagé par Roosevelt Skerrit, et non encore une mesure votée.
Si les finances publiques le permettent, la Dominique pourrait donc progressivement basculer vers un modèle fiscal où l’État taxe beaucoup moins le travail et davantage la consommation et les autres sources de revenus publics.
LES CARAÏBES SE PRÉPARENT À UNE AGGRAVATION DE LA CHALEUR ET DE LA SÉCHERESSE - Actu 2
La Caraïbe pourrait connaître plusieurs mois particulièrement difficiles sur le plan climatique. Le Caribbean Institute for Meteorology and Hydrology (CIMH) appelle les gouvernements, agriculteurs, entreprises et populations à se préparer à une combinaison de fortes chaleurs, baisse des précipitations et sécheresse, alors qu’El Niño continue de se renforcer.
El Niño est un phénomène naturel lié à un réchauffement anormal d’une partie du Pacifique tropical, capable de modifier les régimes de pluie et de température à l’échelle mondiale. Dans la Caraïbe, les épisodes importants d’El Niño sont généralement associés à moins de précipitations, davantage de journées chaudes et un risque accru de sécheresse.
Et les prévisions pour les prochains mois inquiètent les climatologues. Selon le CIMH, El Niño est passé rapidement de conditions faibles à modérées entre mai et juillet et pourrait devenir très intense entre octobre et décembre 2026, avant de persister jusqu’au cœur de la saison sèche caribéenne, autour de mars 2027.
Des effets déjà visibles aux Antilles
Il ne s’agit d’ailleurs plus seulement de prévisions. La Guadeloupe et la Martinique connaissent déjà une sécheresse importante.
Dans le sud de la Martinique, le déficit de précipitations atteignait environ 60 % cet été. En Guadeloupe, certaines zones du nord de Grande-Terre ont reçu jusqu’à 75 % de pluie en moins entre avril et juin. Juillet 2026 a également été le mois de juillet le plus chaud enregistré en Guadeloupe depuis 1952.
L’agriculture commence à en subir directement les conséquences. En Martinique, la Coopérative des éleveurs bovins faisait état cet été d’une hausse de plus de 25 % de la mortalité du bétail par rapport à 2025, notamment en raison du manque d’herbe provoqué par la sécheresse.
La situation dépasse largement les Antilles françaises. Des conditions anormalement sèches sont observées de Cuba à Hispaniola et Porto Rico, dans les Petites Antilles, mais également au Belize et en Jamaïque.
Eau, agriculture, santé : les conséquences peuvent être importantes
D’ici octobre ou novembre, le risque de sécheresse pourrait s’étendre à une partie importante des îles du Vent, des îles Sous-le-Vent et des îles ABC, ainsi qu’à certaines zones de Jamaïque, d’Hispaniola et des Bahamas.
Le problème est que la Caraïbe se dirige ensuite vers sa saison sèche. Des territoires qui n’auront pas suffisamment reconstitué leurs réserves d’eau pendant la saison humide pourraient donc commencer 2027 avec des réservoirs et des sols déjà déficitaires. Le CIMH estime notamment que certaines zones déjà touchées dans la Caraïbe orientale pourraient connaître une récupération plus lente de leurs ressources en eau.
Cela pourrait avoir des conséquences sur l’eau potable, l’agriculture et la sécurité alimentaire, mais également sur les prix alimentaires dans des territoires qui importent déjà une grande partie de leur nourriture.
La chaleur représente également un risque sanitaire. Le CIMH avertit d’une augmentation possible du stress thermique et des hospitalisations liées aux fortes températures, particulièrement pour les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires, respiratoires ou de diabète.
À cela s’ajoutent les incendies de végétation et les vagues de chaleur marines susceptibles d’accélérer le blanchissement des coraux, avec des conséquences potentielles pour les écosystèmes, la pêche et le tourisme.
Moins d’ouragans ne signifie pas absence de danger
Il existe cependant un paradoxe. Un El Niño puissant tend généralement à réduire l’activité cyclonique dans l’Atlantique, notamment en augmentant le cisaillement des vents, qui rend plus difficile le développement de certains ouragans. Le CIMH prévoit effectivement une activité moins importante, particulièrement après août.
Mais cela ne signifie absolument pas qu’aucun cyclone dangereux ne peut toucher la Caraïbe.
Le CIMH rappelle que des ouragans destructeurs se sont déjà produits pendant de fortes années El Niño. Les eaux autour de Cuba, des Bahamas et au nord des Grandes Antilles restent par ailleurs anormalement chaudes, ce qui pourrait favoriser l’intensification rapide d’un système qui parviendrait malgré tout à se développer.
La région pourrait donc se retrouver confrontée à une situation inhabituelle : une saison cyclonique globalement moins active, mais une chaleur et une sécheresse beaucoup plus importantes, sans pour autant éliminer le risque d’un événement tropical majeur.
C’est surtout la durée du phénomène qui inquiète les scientifiques. Contrairement à un ouragan qui frappe brutalement un territoire, la sécheresse s’installe progressivement pendant plusieurs mois. Ses conséquences sur les réserves d’eau, l’agriculture, les prix alimentaires, la santé ou les écosystèmes peuvent donc continuer à s’accumuler longtemps après le début du phénomène.
Le CIMH appelle ainsi les territoires caribéens à anticiper dès maintenant la gestion de l’eau et les conséquences agricoles et sanitaires, alors que le pic d’El Niño pourrait justement intervenir au moment où la Caraïbe entrera dans sa saison sèche.
CHARLES III SE RENDRA DANS LA CARAÏBE À L’AUTOMNE, EN PLEIN DÉBAT SUR LES RÉPARATIONS - Actu 3
Le roi Charles III effectuera une tournée de neuf jours dans la Caraïbe et au Guyana du 27 octobre au 4 novembre 2026, a confirmé Buckingham Palace. Un déplacement qui le conduira aux Bahamas, au Guyana puis à Antigua-et-Barbuda, où se tiendra le sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth.
Le voyage commencera aux Bahamas, où Charles III est toujours chef d’État. Il s’agira d’un retour symbolique puisque le souverain ne s’y est plus rendu depuis 1973, lorsqu’il était encore prince de Galles. Les Bahamas font partie des États caribéens qui, comme la Jamaïque, Antigua-et-Barbuda ou la Grenade, ont conservé le monarque britannique comme chef d’État après leur indépendance.
Charles III poursuivra ensuite sa tournée au Guyana pour une visite d’État à l’invitation du président Irfaan Ali. Le déplacement marquera les 60 ans des relations entre Georgetown et Londres. Ancienne colonie britannique devenue indépendante en 1966, le Guyana est aujourd’hui une république, mais reste membre du Commonwealth.
La dernière étape sera probablement la plus politique. Charles III sera rejoint par la reine Camilla à Antigua-et-Barbuda du 1er au 4 novembre, à l’occasion du Commonwealth Heads of Government Meeting (CHOGM), qui réunira les dirigeants des 56 États du Commonwealth.
Les réparations devraient s’inviter dans le voyage
Cette tournée intervient en effet à un moment particulièrement sensible dans les relations entre la Caraïbe et l’ancienne puissance coloniale britannique.
La CARICOM a décidé que la question des réparations pour l’esclavage et la colonisation bénéficierait d’une forte visibilité lors du sommet d’Antigua-et-Barbuda. En juillet, les dirigeants caribéens ont officiellement adopté une version renforcée de leur plan en dix points pour les réparations et annoncé leur intention de porter davantage le sujet dans les grandes enceintes internationales.
La Jamaïque doit d’ailleurs franchir une étape supplémentaire avant même la visite du roi. La CARICOM indique qu’une pétition jamaïcaine sur les réparations doit être présentée à Charles III à Londres le 7 septembre 2026.
En juillet, la Commission des réparations de la CARICOM est allée encore plus loin. Lors d’une visite à Londres, ses représentants ont demandé que réparations et décolonisation soient désormais traitées ensemble. Son président, l’historien barbadien Sir Hilary Beckles, a notamment dénoncé le maintien de nombreux territoires caribéens sous souveraineté britannique, française, néerlandaise ou américaine.
Le roi est directement interpellé. David Comissiong, ambassadeur de la Barbade auprès de la CARICOM, a estimé que les Caribéens observeraient attentivement la position de Charles III sur « la souveraineté, la décolonisation et la justice réparatrice » lors de sa venue à Antigua.
Une monarchie de plus en plus questionnée dans la région
Le contexte a profondément changé depuis les précédents voyages royaux. La Barbade a supprimé la monarchie en 2021 et plusieurs pays caribéens débattent régulièrement de leur transformation en république, notamment la Jamaïque.
Dans le même temps, les demandes de réparations ont progressivement quitté le terrain uniquement militant pour entrer dans celui de la diplomatie internationale et du droit. La CARICOM travaille avec l’Union africaine, un sommet international consacré aux réparations s’est tenu au Ghana en juin et la région veut désormais passer de la reconnaissance historique à des négociations plus concrètes.
La CARICOM avait également demandé en 2025 à suivre les recherches concernant les liens historiques de la famille royale britannique avec la traite transatlantique et l’esclavage, un rapport étant attendu en 2026.
La visite de Charles III ne sera donc pas simplement une tournée royale consacrée aux cérémonies et aux relations avec le Commonwealth. Le roi arrivera dans une Caraïbe où les questions de monarchie, de décolonisation et de réparations occupent une place croissante dans le débat politique.
Et le symbole sera particulièrement fort à Antigua-et-Barbuda : Charles III y prendra la parole devant des dirigeants caribéens qui ont précisément décidé de faire du sommet du Commonwealth l’une des grandes étapes de leur offensive diplomatique pour les réparations.
APRÈS LE GUYANA, EXXONMOBIL MISE DÉSORMAIS SUR TRINIDAD ET TOBAGO-Actu 4
ExxonMobil est de retour à Trinidad-et-Tobago après plus de vingt ans d’absence, avec l’espoir de reproduire une partie du succès rencontré au Guyana. Les premiers résultats de son immense campagne sismique menée dans les eaux ultra-profondes du pays sont attendus d’ici la fin du mois d’août, selon la Première ministre Kamla Persad-Bissessar.
L’entreprise américaine explore le bloc TTUD-1, situé au large de la côte est de Trinité. Avec environ 7 165 km², cette zone est même plus vaste que la superficie terrestre de Trinité-et-Tobago. Elle regroupe sept anciens blocs et se trouve dans des eaux dépassant parfois 2 000 mètres de profondeur. ExxonMobil y mène l’une des plus importantes campagnes sismiques 3D jamais réalisées dans le pays.
Le retour du géant américain a été extrêmement rapide. Le contrat de partage de production a été signé le 12 août 2025 et les opérations sismiques ont commencé dès janvier 2026. ExxonMobil devra ensuite forer au moins un puits d’exploration pendant la première phase de son programme.
Un autre géant américain croit suffisamment au potentiel de la zone pour s’y associer : Occidental Petroleum a acquis une participation de 10 % dans TTUD-1, ExxonMobil restant opérateur avec 90 %.
Pourquoi tout le monde regarde vers le Guyana
La comparaison avec le voisin guyanais est inévitable. En 2015, ExxonMobil découvrait du pétrole dans le bloc Stabroek au Guyana. Dix ans plus tard, ce qui était alors un pari d’exploration est devenu l’une des plus grandes réussites pétrolières récentes au monde : les ressources récupérables découvertes dépassent 11 milliards de barils équivalent pétrole et le Guyana produit aujourd’hui plus de 900 000 barils par jour.
Le pays a ainsi connu une croissance économique spectaculaire et les quelque 55 milliards de dollars investis depuis 2014 par ExxonMobil et ses partenaires ont déjà été récupérés, environ deux ans plus tôt que prévu.
C’est précisément cette expérience qu’ExxonMobil veut désormais exploiter à Trinité-et-Tobago. Le groupe estime pouvoir utiliser les connaissances géologiques, les équipements et l’expérience accumulés au Guyana pour accélérer ses recherches dans les eaux trinidadiennes.
Mais attention : il est beaucoup trop tôt pour parler d’un “nouveau Guyana”.
Les données sismiques permettent essentiellement de produire une sorte d’imagerie du sous-sol et d’identifier des structures susceptibles de contenir du pétrole ou du gaz. Même si les résultats annoncés à la fin août sont très prometteurs, seul un forage permettra de déterminer s’il existe réellement des hydrocarbures, en quelles quantités et s’ils peuvent être exploités commercialement.
Pour Trinidad-et-Tobago, l’enjeu est différent
Trinité-et-Tobago n’est pas un nouveau venu dans les hydrocarbures. C’est au contraire l’un des plus anciens producteurs de pétrole et surtout de gaz de la Caraïbe, avec une importante industrie pétrochimique et des infrastructures de gaz naturel liquéfié.
Le problème est que plusieurs de ses champs historiques sont arrivés à maturité et que la production de gaz a décliné, mettant sous pression les usines pétrochimiques et les installations de GNL du pays. C’est notamment pour cette raison que Port-d’Espagne cherche de nouveaux gisements en eaux profondes.
Une découverte importante d’ExxonMobil pourrait donc permettre au pays non seulement de produire davantage d’hydrocarbures, mais aussi de réalimenter une industrie énergétique qui existe déjà.
C’est une différence fondamentale avec le Guyana : Georgetown a dû construire presque entièrement son industrie pétrolière après les découvertes de 2015, tandis que Trinidad-et-Tobago dispose déjà d’une longue expérience, d’infrastructures, d’entreprises spécialisées et de travailleurs formés.
Une nouvelle frontière pétrolière se dessine dans la région
Cette exploration s’inscrit surtout dans un mouvement beaucoup plus large. Le Guyana est déjà devenu un important producteur. Le Suriname prépare à son tour le développement de ses ressources offshore avec le projet GranMorgu de TotalEnergies et poursuit les découvertes avec Petronas. Et désormais, ExxonMobil cherche à savoir si les eaux profondes de Trinidad-et-Tobago peuvent elles aussi révéler d’importantes ressources.
La Caraïbe et le plateau des Guyanes sont donc devenus l’une des grandes zones d’exploration pétrolière et gazière de la planète.
Les résultats attendus d’ici la fin août ne permettront pas encore d’affirmer que Trinidad-et-Tobago possède un nouveau Stabroek. Mais ils pourraient indiquer où ExxonMobil décidera de forer son premier puits.
UNE NOUVELLE ATTAQUE DE GANGS FAIT AU MOINS 47 MORTS EN HAÏTI-Actu 5
Au moins 47 personnes ont été tuées et 22 autres blessées lors d’une attaque particulièrement violente menée dans la nuit du 23 au 24 août à Kenscoff, dans les hauteurs de Port-au-Prince. Plus de 50 personnes auraient également été enlevées, selon les informations recueillies par les Nations unies.
Les assaillants ont notamment pénétré dans une église qui accueillait des personnes déplacées par les violences, où plusieurs civils ont été exécutés. Des maisons ont également été incendiées. Les autorités locales avaient dans un premier temps évoqué une quarantaine de morts, avant que le bilan communiqué par l’ONU ne soit porté à au moins 47 victimes, dont plusieurs enfants.
Cette attaque est particulièrement importante parce que Kenscoff a longtemps été considérée comme une zone relativement préservée, dans les montagnes qui dominent Port-au-Prince. Mais depuis le début de 2025, les groupes armés cherchent à s’y implanter. La commune occupe une position stratégique : son contrôle permet notamment d’accéder à des routes reliant la capitale au sud-est du pays et de contourner certains axes de Port-au-Prince. Selon Reuters, Kenscoff a subi près d’une douzaine d’attaques depuis début 2025, accompagnées de meurtres, incendies, enlèvements et violences sexuelles.
Ce n’est donc pas la première attaque contre Kenscoff. Dès janvier 2025, une offensive de grande ampleur avait déjà fait des dizaines de morts et provoqué le déplacement de milliers d’habitants. Les gangs ont depuis multiplié les tentatives pour prendre pied dans cette zone.
Une crise qui dépasse largement Kenscoff
Derrière cette attaque se trouve plus largement la montée en puissance de Viv Ansanm, une coalition regroupant plusieurs des principaux gangs haïtiens. Ces groupes, autrefois souvent rivaux, ont commencé à coordonner davantage leurs opérations et ont progressivement étendu leur emprise sur Port-au-Prince et ses environs. Viv Ansanm figure aujourd’hui sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies.
Les chiffres permettent de mesurer l’ampleur de la crise. Plus de 21 000 personnes auraient été tuées en Haïti depuis 2022, selon les données de l’ONU rapportées par Reuters. Rien que durant le premier semestre 2026, environ 3 050 personnes ont été tuées. Le nombre de personnes déplacées atteint désormais environ 1,47 million, tandis que près de 5,8 millions d’Haïtiens sont confrontés à l’insécurité alimentaire.
L’ONU estime par ailleurs que les gangs contrôlent ou exercent leur influence sur près de 90 % de Port-au-Prince. Leur activité ne se limite plus aux affrontements entre groupes criminels : enlèvements contre rançon, violences sexuelles, extorsions, incendies de quartiers et attaques contre les forces de sécurité sont devenus des instruments de contrôle territorial.
Et l’attaque de Kenscoff n’est malheureusement pas un cas isolé dans l’histoire récente du pays. Plusieurs massacres ont déjà frappé des populations civiles ces dernières années. L’importance de cette nouvelle attaque tient surtout au fait qu’elle montre que les gangs continuent d’étendre leur rayon d’action vers des zones qui servaient auparavant de refuge aux populations fuyant Port-au-Prince.
Le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a annoncé l’envoi de renforts. Mais l’attaque relance une question majeure : l’État haïtien est-il aujourd’hui capable de protéger suffisamment de territoire pour organiser les élections prévues le 13 décembre 2026 ? Le Conseil électoral a lui-même conditionné leur tenue à l’existence d’un niveau de sécurité suffisant.
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