afro manga/BD Afro/Kemty et représentativité

Afro manga, BD afro ou encore Kemty est une forme de bande dessinée dont l’univers est centré principalement sur la culture Afro. Le terme, « afro manga/manga afro » est issu du mot manga. Un mot japonais traduit par image dérisoire ou dessin non abouti. En bref c’est une bande dessinée japonaise. Le concept d’afro manga/manga afro est encore assez récent si on le compare au manga japonais. Il existe encore peu de manga/Bd Afro proposant une identité culturelle ou une histoire spécifique à la culture africaine/afro-caribéenne en France ou dans la caraïbes. Quelques auteurs caraïbéens, africains se sont néanmoins lancés dans cette aventure.

*L’article se concentre essentiellement sur les mangas ou l’influence manga dans les BD afro/kemty 

Essor du manga

Avant toute chose, il est utile de comprendre ce que représente le manga en France et dans le monde. Il existe plusieurs types de bandes dessinées.

La BD franco-belge (Ex : Tintin, Thorgal, Astérix), les Comics (Marvel, DC), le Manhwa en Corée (the breaker, G.O.H), le Webtoon et le manga. Chacune de ces BD à ses propres codes (visuels, style).

Concernant le manga on peut observer quelques codes spécifiques tel que le sens de lecture (de droite à gauche) en raison de la lecture japonaise en Kanjis, Katakanas et Hiraganas (Alphabet japonais). La traduction française du manga respecte généralement le sens de lecture original. Le rythme élevé de parution est également une de ces particularités (ex : Le shonen jump). La plupart de ces mangas sont dessinés en noir et blanc.

L’essor du manga moderne au Japon (1947) commence avec l’auteur Osamu Tezuka. Il est notamment à l’origine d’œuvre mémorable telle qu’Astro Boy, Bouddha, Black jack, Le Roi Léo. Ce mangaka (auteur de manga) influença et inspira de nombreux auteurs (Doraemon de Fujiko Fujio, Galaxy express 999 de Leiji Matsumoto). D’autres artistes et œuvres lui succèderont génération après génération (Ex : Ashita no Joe, Golgo 13, Akira, dragon ball).

En France, l’avènement du manga est intimement lié au club Dorothée. Une émission de télévision diffusée sur TF1 le 2 septembre 1987 et arrêtée le 30 aout 1997. Dans cette émission sont diffusés pour la première fois des mangas animés tels que Dragon Ball, Goldorak, les chevaliers du Zodiac, Ken le survivant, Nicky Larson et bien d’autres.

Pour se mettre dans le contexte de l’époque, c’est voir à la télévision pour la toute première fois Sangoku se transformer en super saiyan après la mort de Krilin ou écouter les musiques de fonds des combats épiques des chevaliers d’Athéna (quelle époque !).

Pendant ces années, énormément de jeunes se sont pris une « claque » en regardant ces animés pour la première fois. La culture japonaise venait d’entrer en collision avec l’imaginaire de nombreux enfants et adolescents.

Aujourd’hui encore on peut constater l’influence qu’a eue le club Dorothée sur de nombreux auteurs et artistes. L’émission fut malheureusement arrêtée en 1997. Cependant cela ne marqua pas la fin des mangas pour autant. Ce fut plutôt l’inverse avec l’arrivée de magazine consacré à l’animation et aux mangas. En 1996, c’est le début des publications de manga connues via Glénat, Tonkam. Des mangas tels que Naruto, One Piece, Bleach, GTO, samurai deeper kyo viendront renforcer l’assise du marché des mangas en France.

La France fait aujourd’hui partie des 3 plus grands consommateurs de mangas au monde. Selon les chiffres de GFK et éditeurs le manga c’est 145,3 millions d’euros pour près de 19 millions de volumes vendus (2,5 millions en plus que 2018). C’est un marché en constante évolution. Le développement de nombreuse plateforme tel que Crunchyroll, Netflix, ADN favorise la découverte de nombreux mangas. La popularité d’un animé favorisant l’achat du manga papier (ex : Demon slayer en 2020).

Le Manga, une vitrine sur la culture japonaise

Énormément de thèmes sont abordés dans les mangas. La cuisine, l’histoire, le sport, l’école, l’amour, l’amitié et bien d’autres. Ces thèmes sont abordés de manière sérieuse, drôle ou légère. On note que certains types de manga (shonen en particulier) véhiculent des valeurs tel que le dépassement de soi, l’amitié, le courage, l’amour, etc. Des valeurs extrêmement positives et universelles à tous.

C’est en partie par ses mangas que nombre de personnes se sont vu influencer par la culture japonaise. À travers la BD nippone, c’est également toute une culture qui y est transmise. On pense à la langue, la nourriture, au folklore japonais et à ses traditions. C’est cette petite immersion à travers les mangas qui a donné envie à énormément de personnes d’en savoir davantage sur cette culture. L’envie de voyager au Japon, de manger les mêmes Ramen que Naruto, porter des Yukatas (habit traditionnel japonais) et encore bien d’autres choses.

Au-delà du divertissement, le manga à cette capacité à influencer et à construire un imaginaire positif sur une culture… À la rendre attractive. C’est la culture japonaise.

On peut parler également de soft power à la japonaise. Un moyen de cooptation qui favorise l’image d’un état et sa réputation à l’international (cf. Joseph Nye). Le manga, intrinsèquement lié à la culture populaire japonaise participe à l’exportation et au rayonnement du pays. Cela n’est pas un hasard si le Japon est devenu le deuxième pays exportateur de bien culturel.

On peut voir des bribes de ce rayonnement via la Japan Expo. Un salon évènementiel français autour de la culture populaire japonaise. On l’observe aussi par la vision parfois un peu idéalisée du Japon. À l’inverse, on constate que peu de gens connaissent le massacre de Nankin et de Chiangjao commis par l’armée impériale japonaise en Chine lors de la Seconde Guerre mondiale. Des faits quelque peu occultés des mémoires.

Afro manga/BD Afro et représentativité

L’afro manga/BD afro se démarque dans le sens ou l’histoire est centrée sur la culture afro. De ce fait on observe davantage de personnages noirs. C’est également le cas dans les mangas traditionnels. On peut citer en exemple le manga Afro Samurai, Yoruichi et Kaname Tousen dans Bleach, le village de Kumo (Raikage) dans Naruto, One Piece, Fire Force, etc… Cependant très peu occupent le personnage central de l’histoire et le nombre de personnages noirs reste minime sur la multitude de manga existant.

La représentativité de ces personnages n’est pas en soi choquante, puisque le manga est un produit destiné dans un premier temps au japonais. Le Japon est en effet resté pendant longtemps un pays volontairement isolé. Ce n’est qu’à partir de 1868 (ère meiji) que les échanges commerciaux avec l’occident commenceront véritablement. Le Japon n’a jamais réellement connu de vague d’immigration. La mixité et le métissage restent de ce fait un phénomène plus récent sur cet archipel.

Comme précédemment évoqué, le manga participe au rayonnement du Japon via ses traditions, son folklore, ses héros, etc. Ces Bd nippones ont influencé l’imaginaire de millions de jeunes à travers le monde dont la communauté afro.

A contrario, il existe un réel déficit d’image, d’histoire et de représentation en ce qui concerne le monde noir d’une manière générale. Le cinéma, la télévision, l’histoire, les BD pouvant servir d’outil de représentation de soi et d’intériorisation de modèle positif ou négatif. Ces outils se révèlent d’une grande importance.

On peut prendre en exemple l’expérience de psychologie réalisée en 1940 aux États-Unis par Kenneth et Mamie Clark. Un test où l’on soumet des poupées noires et blanches à des enfants afro-américains de 5 à 7 ans.

Les psychologues leur posent les questions suivantes :

Quelle est la plus jolie ? Quelle est la plus gentille ? Quelle est la poupée la plus méchante ? À quelle poupée t’identifies-tu le plus ?

70 à 75 % des enfants noires préféraient la poupée blanche. La poupée noire était souvent considérée comme la plus méchante. Le test a été reproduit récemment et les résultats s’avèrent quasi identiques.

Autre exemple : Le film américain de Birth of a nation (1915) de David W.Griffith. Ce film considérait comme le premier blockbuster véhiculait l’image d’homme noire sauvage et barbare. Un film largement diffusé et acceptait dans l’imaginaire collectif de l’époque…

L’histoire, les scientifiques, les héros, les légendes et la spiritualité africaine/caribéenne restent encore méconnus. Une histoire s’arrêtant le plus souvent à l’esclavage. Les grands empires africains (Mali, Ghana, Zulu), la civilisation égypto-nubienne, les personnages historiques, les rois et les reines (Mansa moussa, Soundjata Keita), la philosophie, la science, les résistances dans la Caraïbe et en Afrique, les arts de combats, sont encore peu représentés d’une manière générale.

Outre le fait d’avoir des personnages noirs dans un afro manga ou kemty, c’est la représentation d’une culture propre à l’Afrique ou caraïbe qui y est présentée. Un nouvel imaginaire inspiré de sa propre identité culturelle qu’un grand nombre peut découvrir. À la manière des mangas japonais qui ont bouleversé toute une génération.

Présentation de quelques Afro Mangas/BD Afro/Kemty

afro mangaWaldo Papaye est une œuvre d’Alexandre Sainte-Rose. Il parait le 19 mai 2011 chez l’éditeur Caraibéditions. Waldo Papaye, c’est l’histoire d’un jeune antillais (Tibo Abias) vivant à notre époque. Il découvre qu’il a accès à un monde parallèle en écoutant une certaine musique. Dans ce monde il change de corps, d’environnement et rencontre de nouveaux ennemis. Un afro manga se basant sur les contes et légendes des Antilles. Énormément de référence à la culture afro-caraïbéenne (paysage, tambours Ka, personnage) et à quelques mangas mythiques. Il n’existe malheureusement qu’un seul tome de Waldo Papaye. Une œuvre caribéenne véritablement à découvrir.

La planète Takoo est une BD de Therry Dupré alias Teyandee. Therry Dupré est un Guadeloupéen vivant en Guyane. Il est professeur d’art appliqué à Kourou. La planète Takoo à la particularité d’avoir été adapté en roman par son auteur (Thaji the child of the desert). Son manga afro-caribéen s’inscrit dans cette continuité. L’œuvre nous narre l’histoire de trois triplés habitant sur le continent Dzielo. Un jour ils voient une énorme goutte d’eau s’écraser dans le désert. Ils décident de se diriger sur le lieu d’impact. Les triplés découvrent le corps inanimé d’un individu différent d’eux. C’est le début des aventures de ces trois enfants.

Cette BD afro ou plutôt Kemty selon l’auteur (bande dessinée africaine. Contraction de deux mots : Kem qui signifie « Noir » et Ty qui signifie « Image ») à la spécificité d’inclure un art martial amazonien. Le Djokan, un art martial créé en 2010 par le Guyanais Yanick Théolade. On a bien entendu dans cette Bd des références à l’Afrique, à plusieurs animés et séries connues. C’est également une histoire traitant sur les interactions entre différentes civilisations. La planète Takoo compte déjà 3 tomes. Une œuvre réellement atypique à suivre. L’auteur travaille en parallèle sur Makandi, un projet de bande dessinée mettant en avant le Djokan.

The Last Kamit. C’est un Afro manga conceptualisé par deux Guadeloupéens, Michael Damby et Dwen Uno. The last kamit à la caractéristique d’allier les codes du comics et du manga. Toute leur œuvre est en couleur. Cette fiction inspirée de fait réel est un hommage à la culture africaine à travers ses rites, ses cultures et ses personnages.

L’influence de comics, manga, jeux vidéo et de graffiti y est véritablement perceptible. L’histoire de the last kamit se situe sur Kama, une terre ou se mêle mythes et croyance. Le peuple de Kama, autrefois fervent croyant, perdit au fil du temps leur foi. Les divinités protectrices étant liées à la foi des hommes, ces divinités s’affaiblissent. C’est ainsi que l’on vu naitre des hordes de monstres et Judama. Bien des années plus tard, nous suivons le protagoniste du nom de Sanka. L’afro manga the last kamit est une œuvre qui mérite une attention particulière.

S’inscrivant dans un registre plus classique nous avons également le manga Redskin de Yvan Soudy (alias Staark). L’un des premiers mangas réunionnais. Un manga mêlant action, humour et quelques références à l’ile de la Réunion lorsqu’on y prête attention. On y suit les aventures d’Agatho, un Redskin ayant des capacités surhumaines et faisant partie des derniers indiens vivants.

On a également des Bd africaines telles que Aurion tiré d’un jeu vidéo, Neterou, Ashka, Placman , NGO l’esprit du léopard et bien d’autres.

Ces afro-mangas ou Bd afro/Kemty s’inscrivent pour la plupart dans la représentation de leurs cultures à travers leurs œuvres. Une culture afro caraïbéenne et africaine riche, qui commence à faire son chemin petit à petit à travers ces différentes initiatives.

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