5 Inventeurs noirs et savants Afro-Caribéens à connaitre

Le jugement porté par une personne ou par nous-mêmes influence et conditionne grandement notre comportement. L’identification à un modèle à une personnalité joue également un rôle fondamental dans nos sociétés. Qu’elle soit positive ou négative, elle participe à la construction de soi. Les valeurs, les actions positivent, les découvertes et les accomplissements d’une personne qui nous ressemblent à un réel impact sur notre capacité à croire, à réaliser et à rêver. D’une manière générale lorsqu’on est enfant on s’identifie de façon naturelle à un modèle qui gravite autour de nous (la famille). Cependant, c’est également dès le plus jeune âge que l’on est confronté à divers éléments qui influencent et conditionnent notre comportement (médias, poupée, film, BD, livre, animation, jeux). On peut parler d’image ou de standard véhiculés par la société à travers ses outils. Force est de constater qu’aujourd’hui encore, de nombreux inventeurs noirs et savants afro-caribéens sont oubliés de l’histoire malgré la contribution qu’ils ont apportée au monde.

Inventeurs noirs et savants Afro-Caribéens

Raoul Georges Nicolo

georges nicoloSi vous avez déjà une fois dans votre vie zappée sur la télécommande de votre télévision pour chercher un film, une série, une émission, un documentaire sur une chaine de télévision. Vous avez donc utilisé l’invention de Raoul Georges Nicolo. Oui, ce grand savant noir est à l’origine de la technicité permettant la réception de plusieurs chaines sur un même poste de télévision. Scientifiquement parlant, il est l’inventeur du bloc de commutation pour la télévision multi-canales. Son invention a véritablement changé le monde de la télévision à l’internationale.

Raoul Georges Nicolo est né le 21 juin 1923, en Guadeloupe, dans la ville du Gosier. Il est utile de préciser que ces parents étaient agriculteurs et que les conditions étaient particulièrement complexes à l’époque. Cela ne l’empêcha pas de poursuivre ses études avec brio.

Il est le premier Guadeloupéen diplômé en Études supérieures d’ingénierie Radio-Electrique de l’école Centrale de T.S.F

Raoul Georges Nicolo est le premier Guadeloupéen diplômé d’un doctorat es Science. Sa thèse brillamment soutenue à la faculté des sciences de paris portait sur « la pompe à diodes, son application au comptage de particules nucléaires et à la détection des excursions rapides de puissance neutronique d’une pile atomique ». Il reçoit la mention très honorable qui est la plus haute récompense nationale décernée à un étudiant en sciences.

Ce docteur en physique nucléaire est également le premier Guadeloupéen Ingénieur à intégrer le commissariat à l’énergie atomique. Pour rappel le CEA est un organisme de recherche scientifique français qui a pour mission de développer les applications de l’énergie nucléaire dans divers domaines (scientifique, industriel et défense nationale). Le commissariat à l’énergie atomique a été créé à la sortie de la Seconde Guerre mondiale pour lancer un vaste programme nucléaire. Tout d’abord lancé dans un but militaire (course au nucléaire/force de dissuasion), le programme nucléaire français fut adopté pour sa production électrique suite aux différents chocs pétroliers des années 70.

Aujourd’hui, le nucléaire est la 1 ère source de production et de consommation d’électricité en France. En 2016, La France était le 2e pays producteur d’électricité nucléaire. C’est dire l’importance d’un poste au CEA à l’époque. Georges Nicolo contribue à l’avancer du nucléaire français, puisqu’il est l’initiateur de l’introduction de l’électronique dans les appareils de contrôle nucléaire. Entre autres il participe également au suivi de projet de contrôle des réacteurs nucléaires tel que Isis, Cabri, Ulysse.

Autre fait d’armes de ce génie scientifique, il est à l’origine de l’arrêt Nicolo qui reconnait la supériorité du droit international sur le droit national. Entre 1983 à 1989, Raoul Nicolo occupa les fonctions de conseiller municipal dans sa ville natale du Gosier. L’international Biographical Center of Cambridge le distingue en 1992, comme l’une des plus grandes personnalités intellectuelles de la planète. Il décède en 1993. Raoul Georges Nicolo fait partie de ses brillants inventeurs noirs qui ont par leurs travaux de recherche permis une avancée considérable dans leurs domaines.

Edmond Albius

Edmond AlbiusGâteau à la vanille ? Yaourt à la vanille ? Gousse de vanille ? Essence de vanille ? Poulet à vanille ? Ce gout unique, cette odeur si particulière, c’est le fruit d’une orchidée originaire d’Amérique centrale que l’on appelle vanille. Aujourd’hui consommée aux 4 coins du monde, cette épice est connue de tous. Edmond Albius contribua de manière indéniable à sa popularisation dans le monde. Il né en 1829 sur l’ile de la Réunion dans la ville de Sainte-Suzanne. Nous sommes donc en pleine période esclavagiste. L’ile Bourbon fut à cette époque un haut lieu de déshumanisation pour les hommes et les femmes noires de Madagascar et de l’Afrique de l’Est. Les pensées mercantilistes étant le seul système qui vaille pour ces états coloniaux.

La mère d’Edmond Albius mourut en le mettant monde. Il fut confié à un homme du nom de Ferréol Beaumont Bellier. Ce colon français féru de plantes apprit à Albius (statut d’esclave), les rudiments de la botanique.

La vanille, originaire d’Amérique centrale est introduite sur l’ile de la Réunion par des colons européens. Cependant, cette plante à l’état sauvage a besoin pour se reproduire d’espèce endémique (l’abeille melipona ou d’un colibri) que l’on ne retrouve que dans les régions d’Amérique centrale. Aucun scientifique de l’époque malgré d’intenses recherches ne sut comment produire cette fameuse gousse de vanille de manière artificielle.

C’est en 1841, à l’âge de 12 ans qu’Edmond arrive à produire des gousses de vanille dans le jardin de son maitre. Il découvre donc le premier la pratique de pollinisation manuelle qui révolutionna la production de cette épice. Dû à sa condition d’esclave et de nombreux préjuger de l’époque, la paternité de sa découverte a été vivement contestée. Férréol Beamont Bellier reconnut pourtant lui-même la découverte de cette pratique au jeune Edmond. La méthode de pollinisation profita grandement aux planteurs.

Il est d’ailleurs intéressant d’apprendre que l’exportation de vanille passa de 267 kilos en 1853 à plus de 3 tonnes en 1858. À la fin du 19e siècle, cet or noir rapportait autant que le sucre. On sait également que l’ile de la Réunion produisait à elle seule les ¾ de la production mondiale. C’est dire l’importance de la découverte d’Edmond Albius. Malheureusement, ce jeune prodige à l’origine de la fortune de nombreux planteurs ne bénéficia à aucun moment de sa découverte. Après l’abolition de l’esclavage, il finit libre et pauvre. Il meurt dans la misère en 1880 à Sainte-Suzanne.

L’ile de la Réunion est aujourd’hui une région vantée pour la qualité de sa vanille Bourbon. C’est d’ailleurs l’une des vanilles de référence dans le monde. Edmond Albius fut sans nul doute le plus grand contributeur à sa renommée et à son développement dans le monde. Sa découverte le place de ce fait dans les grands inventeurs noirs.

Jean Price Mars/Price Mars

Un grand nombre d’inventeurs noirs ont révolutionné le monde via leurs inventions. Jean Price Mars, fait partie de ces figures emblématiques qui ont influé par leurs mots, leurs œuvres des courants de pensé encore perceptible aujourd’hui. Ce grand savant haïtien est né le 15 octobre 1876 à la grande rivière du Nord (Haïti) et est mort le 1er mars 1969. C’est un médecin, ethnographe, diplomate, homme d’État et écrivain. Il est considéré comme le principal maitre à penser haïtien du XXe siècle. Parmi les nombreuses publications et articles de Price Mars, un essai (Ainsi parla l’oncle) marqua d’une pierre angulaire un courant de pensée. Le mouvement de la négritude.

Ce courant à la fois littéraire et politique est né dans les milieux parisiens ou de jeunes étudiants noirs tels que Aimé Césaire, Léopold Sanghor, Léon Dalmas dénonçaient le colonialisme et le paternalisme occidental. Leurs pensées, leurs questionnements, leurs œuvres influencèrent grandement les mouvements sociopolitique et culturel de la diaspora et d’Afrique.

Aimé Césaire expliquait que : « le mouvement de la négritude est un mouvement qui affirme la solidarité des noirs que j’appelais de la diaspora avec le monde africain. Vous savez, on n’est pas impunément noir, et que l’on soit français de culture française ou que l’on soit de culture américaine, il y a un fait essentiel : à savoir que l’on est noir et que cela compte. Voilà ma négritude ».

La négritude c’était également le retour à la conscience de l’histoire, de la civilisation et de culture africaines. La réhabilitation de la fierté nègre. Un retour à soi qui fait le lien avec l’œuvre de Jean Price Mars. Pour Léopold Sanghor, le savant haïtien était d’ailleurs le père de la négritude.

Celui-ci entreprend dans son célèbre essai de revaloriser les cultures noires à travers son héritage ancestral. Il exhorte également ses compatriotes haïtiens à retrouver leurs dignités bafouées par les Américains.

Ainsi parla l’oncle, de Price Mars est en effet publié lors de la période d’occupation américaine (1915 -1934) à Haïti. L’occupation d’Haïti par les forces armées américaine eut de graves répercussions sur la société haïtienne (modification de la constitution, contrôle des banques, impact sur l’économie du pays, indépendance du pays, etc.). C’est dans ce contexte de domination américaine que Jean Price Mars rappelle dans son essai l’histoire d’Haïti, les luttes pour l’indépendance, les anciennes civilisations africaines qui devraient être un motif de fierté pour les Haïtiens.

« Nous n’avons de chance d’être nous-mêmes que si nous ne répudions aucune part de l’héritage ancestrale »

Par la qualité et la justesse de ses divers travaux (histoire, anthropologie, pédagogie, littérature, géographie, sociologie), Jean Price Mars est cité à juste titre comme référence dans plusieurs domaines. Il est de ces savants noirs qui ont profondément marqué la pensée haïtienne et du monde noir dans sa globalité.

William Arthur Lewis

Parmi les différents inventeurs noirs, on compte également des savants afro-caribéens qui ont laissé une trace indélébile dans l’histoire de l’économie. William Arthur Lewis est né en 1913, à Sainte-Lucie, une petite ile située dans la Caraïbe. Cet état insulaire des Antilles est encore à l’époque une colonie britannique dominée par l’industrie sucrière. Une situation économique qui orienta certainement plus tard sa vision de l’économie. Élève surdoué, William Arthur Lewis finit l’école à 14 ans. Il souhaitait être ingénieur, mais le contexte colonial ne permettait pas aux ingénieurs noirs d’être embauchés dans des entreprises. Lewis s’oriente donc vers des études de commerces à la London School of Economics. Il poursuit ses études jusqu’à l’obtention de son doctorat en économie.

Professeur d’économie dans de prestigieuses universités telles que Priceton ou Londres, William Arthur Lewis fut également le fondateur de la Carribean Development Bank of Barbados. Autre corde à son arc et non des moindres, il fut conseiller économique pour les Nations unies auprès du Premier ministre du Ghana. L’un des faits d’armes les plus connus de W. Arthur Lewis reste son ouvrage sur l’économie du développement (The Theory of Economic Growth). Selon lui, les pays en développement reposent sur une économie duale : le secteur agricole et le secteur industriel. Il explique entre autres que le développement industriel pour les pays dits du « tiers monde » doit s’appuyer sur un secteur agricole solide et sain.

Ce professeur d’économie faisait partie des rares à penser que la croissance économique n’était pas toujours souhaitable. Sa vision de l’économie alliant facteur social (généralisation de l’éducation via le développement) et composante économique se différenciait par rapport aux théories de croissance traditionnelles dans les pays occidentaux. Ses divers travaux portant sur l’histoire du développement économique du monde, l’économie industrielle et les problèmes économiques des pays en développement lui valurent un rayonnement international. Il est anobli par la reine d’Angleterre en 1963. En 1979 Lewis reçut le prix de Nobel d’économie. Il fut aussi distingué à titre honorifique dans de nombreuses universités telles que Yale, Howard Colombia, Toronto. William Arthur Lewis décéda le 15 juin 1991.

Anténor Firmin

Anténor Firmin est sans aucun doute une figure incontournable parmi les différents inventeurs noirs et savants afro-caribéens. Il est un genre d’homme comme on n’en fait plus. Anténor Firmin est né le 18 octobre 1850 dans un quartier pauvre du cap haïtien. Il réalise l’ensemble de ses études à Haïti. Son intelligence est tel que dès l’âge de 17 ans il commence à enseigner pour dispenser des cours de latin, de français et de grec. On pourrait qualifier Anténor Firmin d’épistémophile. Celui-ci était toujours en quête de connaissances pour parfaire son éducation. Polyglotte, comptable, diplomate, journaliste, historien, égyptologue, anthropologue. Tel était son CV.

Anténor Firmin fait son entrée à la société anthropologie de paris le 17 juillet 1884. Il apparait dans un contexte d’époque particulier ou l’idéologie de la supériorité des races est légion courante. Il est intéressant de noter qu’en France aux alentours du 19e siècle, il y a un livre qui fait office de référence. C’est l’essai sur l’inégalité des races humaines de Joseph Arthur de Gobineau. Bestseller (raciste) de l’époque publiait il y a plus de 30 ans avant l’arrivée d’Anténor Firmin. Ce livre avait pour objectif de démontrer scientifiquement, anthropologiquement, historiquement qu’il existe une inégalité des races, une hiérarchisation des races véritable. À la tête de cette hiérarchisation, on trouvait, la race blanche puis la race « jaune » et en bas de l’échelle la race noire.

Joseph Anténor Firmin comme un pied de nez à A.Gobineau (diplomate français) produit un essai magistral sur l’égalité des races humaines en 1885. Outre l’essai de Arthur de Gobineau, il s’attaque à une idéologie qui a pignon sur rue en Europe. Dans son ouvrage il répond point par point à l’essai de la supériorité des races et à divers « savants » de ce siècle. Il développe l’idée qu’un bon nombre de sciences tel que les mathématique, la philosophie sont depuis les temps anciens d’origine africaine. Il évoque également l’origine noire de la civilisation égyptienne, ainsi que des thèmes comme l’anthropologie. Cet essai eut les ovations de la salle, pendant plusieurs minutes dit-on.

Cet essai, de l’égalité des races humaines se révèle être un plaidoyer puissant et symbolique dans le sens ou la mise en scène de différents peuples dans les zoos humains étaient d’actualité dans de nombreux pays européens (zoo humain Tervuren/paris 1889). Ironie du destin, c’est également en 1885 qu’eu lieu la conférence de Berlin.

Outre ce fait, Antênor Firmin fut également un grand politicien et diplomate. Il redressa 2 fois les finances d’Haïti en étant ministre des Finances à Haïti. En 1891, lorsqu’il est ministre du président Florvil Hyppolite, Anténor Firmin résiste aux pressions des États-Unis, qui voulaient installer au Môle Saint-Nicolas, une base militaire et établir une base de station de charbon. Un endroit également stratégique pour les états unis (contrôle du canal de Panama).

Son talent de diplomate fut reculé les usa dans leurs désirs de prendre ce territoire. Cet incident eut une résonnance internationale. En outre dans l’un de ses essais, Roosevelt président des États-Unis et la République d’Haïti. Anténor Firmin prédisait une éventuelle intervention de l’armée américaine si Haïti ne prenait pas garde.

« Homme, je puis disparaître, sans voir poindre à l’horizon national l’aurore d’un jour meilleur. Cependant, même après ma mort, il faudra de deux choses l’une : ou Haïti passe sous une domination étrangère, ou elle adopte résolument les principes au nom desquels j’ai toujours lutté et combattu. Car, au 20e siècle, et dans l’hémisphère occidental, aucun peuple ne peut vivre indéfiniment sous la tyrannie, dans l’injustice, l’ignorance et la misère. »

Intervention américaine qui finalement eut lieu en juillet 1915, soit 4 ans après la mort d’Anténor Firmin.

Nombre de ces inventeurs noirs et savants afro-caribéens ont marqué de leur empreinte leur nation, ou tout simplement le monde. Leurs travaux, le plus souvent d’une qualité indéniable se retrouvent malheureusement occultés de l’histoire. L’identification à ces personnalités reste néanmoins une source d’inspiration et de modèle d’accomplissement.

Sources :

Inventeurs et savants noirs : Yves Antoine

https://africamaat.fr/articles/show/559

https://www.villedugosier.fr/spip.php?article1347

https://la1ere.francetvinfo.fr/reunion/edmond-albius-unesco-736994.html

https://www.reunion.fr/decouvrez/gastronomie/les-epices-et-les-senteurs/a-la-decouverte-de-la-meilleure-vanille-du-monde/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Price_Mars

https://www.infinance.fr/articles/bourse/formation-conseil/article-william-arthur-lewis-biographie-et-theories-451.htm

https://fr.wikipedia.org/wiki/Joseph_Ant%C3%A9nor_Firmin

http://islandluminous.fiu.edu/french/part06-slide13.html

Inventeurs noirs et savants afro-caribéens

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur whatsapp
Partager sur email

Laisser un commentaire

error: Content is protected !!